Traumatismes invisibles : quand le séisme continue de hanter les consciences

Seize ans après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, Haïti porte encore les stigmates d’une catastrophe dont les conséquences dépassent largement les ruines matérielles. Si les décombres ont, pour la plupart, disparu du paysage, les blessures psychologiques, elles, demeurent profondément ancrées dans la mémoire collective.
Le tremblement de terre avait fait des centaines de milliers de victimes, laissant derrière lui des familles brisées : des veuves, des veufs, des parents endeuillés et des enfants devenus orphelins du jour au lendemain. Pour beaucoup, le temps n’a pas apaisé la douleur. L’absence d’un père, d’une mère, d’un conjoint continue de peser lourdement sur le quotidien, souvent dans un silence imposé.
Troubles du sommeil, anxiété chronique, peur permanente d’une nouvelle catastrophe : autant de traumatismes invisibles qui affectent encore les survivants.

CP: Radio-Canada

Port au Prince le 9 janvier 2025

Dans cette mémoire collective meurtrie, la reconstruction psychologique demeure l’aspect le plus négligé.
Au-delà des secousses physiques, c’est la conscience nationale qui continue de trembler. Faute d’un accompagnement psychologique structuré, de nombreux survivants ont appris à vivre seuls avec leurs souvenirs et leur deuil. Chaque vibration du sol devient alors un rappel brutal de la tragédie.

CP: HaïtiLibre

Le 7 janvier dernier, un léger séisme de magnitude 2,8 enregistré dans l’Ouest du pays a ravivé ces blessures enfouies. Bien qu’aucun dégât majeur n’ait été signalé, l’événement a suffi à replonger de nombreuses personnes dans l’angoisse. Pour celles et ceux qui ont perdu un proche en 2010, la peur est revenue instantanément, accompagnée de sensations longtemps refoulées.
« Dès que la terre bouge, même légèrement, je ressens la même panique qu’en 2010 », confie Marie-Lourdes, qui a perdu deux enfants dans l’effondrement de sa maison à Port-au-Prince.

Un sentiment partagé par de nombreux survivants, incapables de tourner la page tant les souvenirs restent vivaces.
Si les blessures physiques causées par le séisme du 12 janvier 2010 ont, pour la plupart, été soignées ou atténuées par le temps, les cicatrices mentales restent profondément ouvertes.
La santé mentale, un angle mort des politiques post-catastrophe

En Haïti, la santé mentale demeure largement absente des priorités publiques. Peu de ressources ont été consacrées à l’accompagnement psychologique des victimes, laissant s’installer une détresse silencieuse au sein de la population. Ce manque de prise en charge contribue à prolonger la souffrance et fragilise davantage une société déjà éprouvée.

Face à cette réalité, il devient urgent que les autorités, en collaboration avec les professionnels de la santé et les organisations spécialisées, intègrent la santé mentale au cœur des politiques post-catastrophe. Une reconstruction durable ne peut être uniquement matérielle : elle doit aussi être humaine et sociale.

Seize ans après, les voix des endeuillés rappellent l’urgence de reconnaître et de traiter ces traumatismes invisibles. Tant que la douleur des pertes humaines restera sans réponse, chaque légère secousse continuera de réveiller un drame que beaucoup n’ont jamais réellement quitté.

Nerline Félix

Vant Bèf Info (VBI)


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