Tabarre suffoque sous les fatras, les habitants semblent s’y accommoder
Les fêtes de fins d’années n’ont rien d’extraordinaire dans la commune de Tabarre et de ses environs. En effet à Gérald Bataille, comme à Clercine, à Petite Place Cazeau ou à Fleuriot, les amoncellements de déchets aux odeurs nauséabondes et la poussière qui se répand au moindre souffle du vent témoignent d’une précarité sanitaire sans borne même pendant les périodes de fêtes.

Tabarre, le 27 décembre 2025. Arborant un foulard et d’un cache-nez pour certains, les riverains qui pratiquent ces zones se sont habitués à vivre cette expérience. «Gad yon pousyè mesye, èske Ayisyen ka pa malad?!», déplore une passagère assise à la queue d’une camionnette dépourvue des protections pré-citées. Une demoiselle assise presqu’à côté d’elle, plus prudente, a utilisé son cache-nez pour se protéger.

Au marché de Tabarre, il faut contourner une pile de déchets pour atteindre d’autres emplacements de marchandises. Pourtant vendeurs et acheteurs s’y font, ils se nourrissent entassés à côté d’eux faisant ainsi du «vivre en compagnie des déchets» une situation acceptable. Rose-Marie, une marchande de vêtements usagers «pèpè», essuie une valise qu’elle offre à une cliente, «E konsa wi pitit, depi w vinn Taba, ou pa ka nan fè zizi non», comme si vivre au milieu de toute cette insalubrité était normale.
Les camionneurs ne vivent pas mieux la situation. Ils ne peuvent rien déposer sur le tableau de bord sans que la poussière ne l’abîme. «Kòm mikwòb pa touye Ayisyen, si se pa t sa, pousyè sa pa t ap gentan fini ak nou», s’est-il plaint entre deux éternuements.
En dehors de la mauvaise qualité de l’air qui se propage, les routes sont en piteux état. De plus, à certains endroits, une seule voie est praticable, l’autre étant engluée sous les déchets et les eaux boueuses. Cela complique davantage la situation sanitaire déjà précaire de la population haïtienne, pour qui l’accès au soin de santé demeure un luxe qu’elle ne peut pas se payer.
Il y a quelques mois, le ministre des travaux publics, l’ingénieur Raphaël Hosty, avait rencontré le maire de Tabarre, Arsonval Alexandre, pour tenter de définir une stratégie afin de relever les défis majeurs auxquels fait face la commune, notamment la gestion des systèmes de collecte et de gestion des déchets et la réhabilitation des infrastructures routières. A date, aucune action concrète n’a été menée sur le terrain.
Alors que les fêtes de fin d’année représentent une période d’harmonie, de joie et d’espoir, le contexte socio-économique et politique dégradant au sein duquel évolue la population haïtienne agrémenté de l’insalubrité désormais quotidienne dans des communes qui étaient autrefois considérées comme des havres de paix, témoignent de l’insouciance des autorités à l’égard d’un peuple livré à lui-même.
Et alors qu’ils feignent de vouloir que la vie reprenne dans certaines zones autrefois occupées par des groupes armés, ils n’arrivent même pas à faire des zones relativement épargnées, des endroits où il fait bon vivre pendant cette période de convivialité annuelle.
Wilda Dénestant
Vant Bèf Info (VBI)
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