Sport : Et si Haïti avait un véritable projet footballistique ?

En Haïti, le football attire toujours la foule, qu’il s’agisse du championnat local, d’une rencontre internationale ou même d’un match improvisé dans un quartier. Pourtant, derrière cette passion populaire, le pays souffre cruellement de l’absence d’un projet footballistique structuré. Manque de professionnalisme, d’orientation et de financements freinent l’émergence des talents et déçoivent une nation qui vit pour ce sport.

Port-au-Prince, 19 novembre 2025

Un problème structurel

La Fédération Haïtienne de Football (FHF), organe directeur du football national, peine à assurer une gouvernance stable, souvent minée par l’influence politique et la corruption. Les infrastructures emblématiques, telles que le stade Sylvio Cator et le Ranch de la Croix-des-Bouquets, sont aujourd’hui partiellement inutilisables, notamment à cause de l’insécurité.

Cette fragilité structurelle entraîne également une fuite des talents. Des joueurs haïtiens comme Jean-Ricner Bellegarde, Frantzdy Pierrot ou Melchie Dumornay se tournent vers l’étranger, tandis que des Franco-Haïtiens comme Wilson Isidor et Ruben Providence hésitent à s’engager avec la sélection nationale, préférant attendre de meilleures opportunités. La récente défaite contre le Honduras illustre ces manquements : préparation insuffisante, discipline déficiente et leadership inexistant.

Un rêve non utopique

Le potentiel existe pourtant. Avec ordre, stabilité et vision, Haïti pourrait relancer son football en construisant ou réhabilitant des infrastructures régionales, en créant des académies de formation et en stimulant les investissements. Intégrer le football dans le système scolaire, les institutions religieuses et toutes les catégories d’âge serait une première étape essentielle pour redonner vie au sport.

Des signaux positifs existent. Le gouvernement a récemment accordé 100 millions de gourdes à la FHF pour soutenir la préparation des équipes nationales. Pour la Coupe du monde U-17, la Fédération a reçu plus de 500 000 dollars américains de financements divers (Footkole, 2025). Suite à la qualification de l’équipe nationale senior pour la prochaine Coupe du monde, Natcom a offert 13 millions de gourdes, des fonds qui pourraient contribuer à sauver le football haïtien.

Une nécessité nationale

Le 18 novembre, jour de commémoration de la bataille de Vertières, Haïti revient sur la scène mondiale du football après plus de 50 ans, avec une qualification obtenue en jouant tous ses matchs à l’extérieur. Plus qu’un exploit sportif, c’est un symbole d’espoir : un appel à inscrire durablement Haïti sur la carte du football mondial. Mais pour transformer ce rêve en réalité, un projet structuré et durable reste indispensable.

Sarah Germain
Vant Bèf Info


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.