Souveraineté menacée : des organisations haïtiennes interpellent l’OEA sur son rôle en Haïti

Une coalition d’organisations haïtiennes et internationales a adressé, le 30 octobre dernier, une lettre ouverte au secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), Albert Ramdin, pour dénoncer ce qu’elle considère comme une ingérence persistante d’acteurs étrangers dans les affaires internes d’Haïti.

Port-au-Prince, le 2 novembre 2025.- Les signataires rappellent le principe du droit à l’autodétermination des peuples et appellent au respect de la souveraineté nationale. Selon eux, certaines démarches entreprises par la communauté internationale, notamment par l’OEA, s’inscrivent dans une logique contraire à ces principes.

Les organisations affirment qu’Haïti, première République noire indépendante du monde, a payé le prix fort pour son émancipation et sa rupture avec l’ordre colonial et esclavagiste. Citant l’ancien représentant de l’OEA en Haïti, Ricardo Seitenfus, elles estiment que « les rapports entre Haïti et la communauté internationale ont trop souvent été marqués par la force plutôt que par le dialogue ».

La coalition critique particulièrement l’élaboration d’une feuille de route pour Haïti présentée par l’OEA sans concertation avec les acteurs nationaux. Selon les signataires, cette initiative constitue « un affront à la souveraineté du peuple haïtien » et une négation du droit à l’autodétermination.

L’ancienne représentante permanente d’Haïti auprès de l’OEA, l’ambassadrice Myrtha Desulmé, citée dans la lettre, avait rappelé que « la restauration de la sécurité et de l’autorité de l’État sur tout le territoire demeure une condition préalable à tout plan d’action durable », soulignant que « la solution doit venir des Haïtiens eux-mêmes ».

Les organisations signataires qualifient la crise actuelle, marquée par la défaillance institutionnelle, l’insécurité généralisée et l’exode croissant de « crise fabriquée », visant à affaiblir davantage le pays et à accroître sa dépendance vis-à-vis des puissances étrangères.

Tout en rejetant l’ingérence, la coalition dit demeurer ouverte à une coopération internationale « respectueuse et équitable », fondée sur le principe de réciprocité et la solidarité historique d’Haïti envers d’autres nations. Elle rappelle notamment le rôle joué par Haïti dans la libération de plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes, un héritage souvent salué par des dirigeants tels que Gustavo Petro, Lula da Silva ou encore Hugo Chávez.

Les organisations, issues de syndicats, de mouvements politiques, populaires et de la société civile haïtienne, appuyées par des groupes de solidarité d’Amérique latine, d’Amérique du Nord et d’Europe, annoncent l’élaboration d’une feuille de route nationale. Celle-ci vise à restaurer la souveraineté et la dignité du peuple haïtien, dans la continuité de l’idéal d’indépendance et de liberté porté par Jean-Jacques Dessalines.

Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)


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