Société : Le piercing chez les jeunes, entre expression personnelle et tension sociale
Longtemps associé à des rituels culturels ou à des mouvements contestataires, le piercing s’impose aujourd’hui comme une pratique courante chez de nombreux jeunes Haïtiens. S’il est souvent perçu comme un choix esthétique, il demeure pour beaucoup un moyen d’affirmation identitaire dans une société marquée par des normes traditionnelles encore fortes.

Port-au-Prince, 23 novembre 2025 — Dans plusieurs civilisations anciennes d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique, le piercing représentait un passage symbolique ou un statut social. En Occident, il a longtemps été lié aux mouvements punk ou alternatifs des années 1980 et 1990. En Haïti, cette pratique connaît actuellement un regain d’intérêt, portée par les réseaux sociaux et par une volonté de distinction personnelle.
Dans un salon de Delmas 31, Mégane, 17 ans, se fait percer le nez. Pour elle, le geste dépasse largement la recherche de beauté : « Se pa pou fè bèl sèlman. Se mwen menm m ap mete deyò », confie-t-elle. Comme elle, plusieurs jeunes rencontrés voient dans le piercing un « langage du corps », une façon de revendiquer leur individualité.
Ronaldo, 22 ans, étudiant en informatique, arbore un piercing au sourcil. « Se pou mwen fè diferans mwen. Chak moun gen style pa yo », affirme-t-il, rejetant l’idée d’un acte de provocation. D’autres, comme Fabiola, 19 ans, y voient un symbole de liberté. « Mwen pa bezwen pèmisyon pou m mete sa m vle sou kò mwen », dit-elle.
Mais l’acceptation sociale demeure limitée. Certains jeunes cachent leur piercing en rentrant chez eux, de peur des réactions familiales. « Manman m pat dakò. Mwen toujou kouvri l ak pansman », raconte James, 20 ans.
Selon une psychologue interrogée, le phénomène traduit souvent un besoin de contrôle sur son corps : « Pour beaucoup de jeunes, surtout dans des environnements stricts, le piercing fonctionne comme un rite de passage et une affirmation de soi. »
Dans les écoles et universités, les restrictions persistent. Plusieurs responsables d’établissements affirment refuser l’accès aux élèves portant des piercings visibles, invoquant le respect de la discipline. Dans certains milieux religieux, la pratique est perçue comme contraire aux valeurs morales, tandis que d’autres traditions locales, comme certaines cérémonies vodou, intègrent des formes de modifications corporelles.
Ce contraste révèle les tensions entre modernité et valeurs traditionnelles. Alors que la tendance gagne du terrain chez les jeunes, elle continue d’être jugée dans les espaces conservateurs du pays.
Au-delà de l’aspect esthétique, le débat renvoie à des enjeux plus larges : liberté individuelle, acceptation des différences et évolution des normes sociales. Le piercing apparaît ainsi comme un marqueur des transformations en cours dans la société haïtienne, où s’affrontent aspirations personnelles et attentes culturelles.
Sarah-Lys Jules
Vant Bèf Info (VBI)
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