Selon le professeur Sonet Saint-Louis, le bras de fer entre le CPT et la Primature consacre l’effondrement de la souveraineté haïtienne
À l’approche du 7 février 2026, la confrontation ouverte entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et la Primature met en lumière une crise politique d’une ampleur exceptionnelle. Pour le professeur de droit constitutionnel Sonet Saint-Louis, ce conflit dépasse le cadre d’un simple différend institutionnel et révèle une érosion avancée de la souveraineté nationale, ainsi qu’un échec profond des élites dirigeantes haïtiennes.

Port-au-Prince, 23 janvier 2026. Selon l’universitaire, l’implication de certaines ambassades occidentales dans le débat politique haïtien ne constitue pas un phénomène nouveau. Elle serait, selon lui, la conséquence directe d’une dépendance structurelle acceptée par les gouvernements successifs. Il estime qu’un État qui délègue sa sécurité, sa santé publique et d’autres fonctions régaliennes à des puissances étrangères ne peut raisonnablement prétendre exclure ces acteurs des décisions nationales.
Cette situation place, d’après Sonet Saint-Louis, Haïti dans une contradiction permanente : solliciter l’appui financier et politique de l’étranger tout en dénonçant son ingérence. Une posture qu’il considère comme dévalorisante, dans la mesure où elle vide la souveraineté de sa substance et transforme le pays en un espace de gestion transnationale plutôt qu’en un État pleinement autonome.
Le professeur attribue la responsabilité première de cette situation aux élites haïtiennes. Il rejette toute lecture exclusivement victimisante et soutient que des dirigeants qu’il juge incompétents et irresponsables ont consenti au transfert des missions fondamentales de l’État à des acteurs étrangers. Selon lui, une élite responsable ne saurait déléguer les responsabilités nationales, quelles que soient les circonstances.
S’agissant du conflit institutionnel en cours, Sonet Saint-Louis affirme que le CPT dispose de l’autorité politique nécessaire pour révoquer le Premier ministre de facto, Didier Alix Fils-Aimé. En l’absence de Parlement et de président élu, explique-t-il, le chef du gouvernement tire sa légitimité exclusivement du Conseil présidentiel de transition, ce qui l’inscrit dans une relation de subordination politique.
Toutefois, précise-t-il, cette capacité d’action s’exerce dans un contexte d’aconstitutionnalité totale. La Constitution de 1987, fondée sur un exécutif bicéphale et la coopération entre institutions, est aujourd’hui inopérante. Le pays fonctionnerait ainsi dans ce qu’il qualifie de « bricolage juridique », où la légalité est constamment façonnée par les rapports de force.
Selon le constitutionnaliste, le CPT est une instance collégiale reposant sur le principe de solidarité. Son coordonnateur ne peut donc empêcher l’application d’une décision adoptée à la majorité. En cas de désaccord profond sur une question majeure, telle que le renvoi du Premier ministre, la seule issue conforme aux standards d’un État moderne serait, selon lui, la démission.
Dans ce contexte, Sonet Saint-Louis estime que les mises en garde des ambassades américaine et canadienne, évoquant les risques d’une instabilité accrue à l’approche de la fin du mandat du CPT, peuvent être comprises sur le plan politique. Il souligne toutefois que ces prises de position ne sauraient se substituer à la responsabilité des acteurs haïtiens, qu’il considère comme seuls comptables de leurs décisions.
Pour l’universitaire, la crise actuelle s’inscrit dans une dérive plus profonde. Depuis plus de quarante ans, affirme-t-il, la classe politique haïtienne évoluerait dans un désordre chronique. Celui-ci ne résulterait pas de failles constitutionnelles, mais de l’incapacité des élites à gouverner dans le respect de l’État de droit et de règles contraignantes.
Toujours selon le professeur de droit constitutionnel à l’Université d’État d’Haïti (UEH), cette culture politique expliquerait la tolérance sélective face à la corruption et l’indulgence accordée à certains acteurs en raison de leur appartenance sociale ou politique. Une logique qu’il juge contraire aux principes républicains et incompatible avec toute perspective de reconstruction nationale.
À l’approche du 7 février 2026, Sonet Saint-Louis estime qu’il ne subsiste plus de marge de négociation politique, en dehors d’une passation ordonnée du pouvoir. Toute tentative de prolongation ou de reconduction des autorités actuelles constituerait, selon lui, une violation grave des principes démocratiques et un nouveau coup porté à la crédibilité de l’État.
Enfin, il lance un appel aux juristes, intellectuels, universitaires et responsables politiques engagés. Face à ce qu’il qualifie de catastrophe politique, éthique et intellectuelle, il estime que le silence n’est plus une option et plaide pour une réflexion collective visant à réintroduire la loi, la justice et le sens des responsabilités dans la société haïtienne.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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