Qui a tué le président Jovenel Moïse, pourquoi, et avec quelles conséquences ?
Par Wandy CHARLES
Quatre ans se sont écoulés depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, perpétré dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à son domicile privé, au cœur de ce qui devait être le sanctuaire le plus sécurisé du pays. Quatre années d’opacité, de manipulations, de pistes brouillées et de silences politiques assourdissants. L’acte est resté impuni. L’intention, jamais clairement établie. Et le pays, depuis, dérive inexorablement vers l’effondrement.

Qui a tué Jovenel Moïse ?
La question semble simple, mais elle se dérobe sans cesse sous la complexité des intérêts enchevêtrés. Si l’exécution matérielle a été rapidement attribuée à un commando composé d’anciens militaires colombiens et de ressortissants haïtiano-américains, l’identité des commanditaires, véritables cerveaux de l’opération, demeure entourée d’un brouillard épais. Trop de noms circulent, trop d’indices convergent sans jamais se recouper définitivement. Des personnalités politiques, des membres de la sécurité présidentielle, des hommes d’affaires, et même certains membres du cercle rapproché de l’exécutif, ont tour à tour été soupçonnés, entendus, ou dédouanés. Un procès équitable et transparent aurait pu dissiper les doutes. Mais il n’a jamais eu lieu. En tout cas, pas pour l’instant.
Pourquoi Jovenel Moïse a-t-il été assassiné ?
Là encore, les hypothèses abondent. Était-ce pour ses velléités de réforme constitutionnelle ? Pour sa volonté affichée de s’attaquer aux intérêts mafieux enracinés dans les institutions ? Pour son entêtement à garder le pouvoir malgré les accusations de dérive autoritaire ? Était-ce une exécution politique déguisée en opération de sécurité ? Un coup d’État mal ficelé, récupéré par des factions rivales ? Ou un règlement de comptes au sommet de l’État ? Toutes ces questions restent en suspens. Mais ce qui est certain, c’est que son élimination visait à redessiner la carte du pouvoir, à redistribuer les cartes de l’influence, au mépris total de l’ordre républicain.
Et les conséquences ?
Elles sont tragiques. Depuis juillet 2021, Haïti s’enfonce dans une crise multidimensionnelle : insécurité généralisée, multiplication des gangs armés, effondrement de l’autorité publique, exil massif de la jeunesse et des cerveaux, faillite de la justice. L’assassinat du président Moïse a ouvert une brèche dans les fondements mêmes de l’État. L’absence de justice a renforcé le sentiment d’impunité et d’arbitraire. Le crime, au lieu d’être freiné, a été normalisé. Le pouvoir politique, au lieu de se réformer, s’est replié sur des logiques clientélistes, souvent en collusion avec la violence organisée.
En réalité, ce magnicide a tué bien plus qu’un homme. Il a assassiné un symbole, aussi controversé fût-il. Il a déstabilisé les équilibres fragiles d’une nation en quête de repères. Il a plongé le pays dans une zone grise où le droit, la vérité et la justice ne sont plus que des mots vidés de leur substance.
Or, nul avenir n’est possible dans le mensonge et la dénégation. La lumière doit être faite. Non pas pour satisfaire une logique de vengeance, mais pour rétablir l’ordre des choses, pour dire à chaque citoyen que la vie d’un président ne saurait être effacée sans réponse, et que l’État ne peut survivre s’il se construit sur l’oubli d’un crime aussi grave.
La vérité sur l’assassinat de Jovenel Moïse est un test. Un test de souveraineté, de maturité démocratique, et de volonté politique. Le peuple haïtien, meurtri, ne demande pas autre chose : savoir. Comprendre. Juger. Et enfin, tourner une page, dans la justice, non dans l’oubli.
Vant Bef Info (VBI)
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
