Projet « Crise » : des bénéficiaires formés s’engagent à lutter contre les violences faites aux femmes

Quinze bénéficiaires du projet « Crise », en majorité des femmes en situation de handicap et de grande vulnérabilité, ont été formés au cours du mois de mai sur les violences basées sur le genre (VBG). Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme « Changement Bèl, n’ap fè l », porté par la Fondation Maurice A. Sixto avec le soutien de l’Organisation des États Américains (OEA). Les activités se tiennent à la bibliothèque Michèle Tardieu, à Delmas, et s’étendront jusqu’au 14 septembre 2025.

Port-au-Prince, juin 2025.- Le projet vise à renforcer la résilience des jeunes femmes de Delmas et Pétion-Ville à travers des sessions de formation, des prestations de théâtre Forum et des actions de sensibilisation autour de deux grands fléaux : la violence des gangs et la violence basée sur le genre. Les bénéficiaires s’engagent désormais à devenir relais de changement dans leurs communautés.

« Il est inacceptable que des femmes soient écartées du monde professionnel uniquement en raison de leur sexe. Certains postes leur sont systématiquement refusés. Les autorités doivent prendre des mesures fortes contre ces discriminations », lance Remise Alexis, participante non-voyante. Formée dans le cadre du projet, elle a également pris part aux séances de théâtre Forum destinées à illustrer les réalités de la VBG. Elle dénonce par ailleurs des pratiques de corruption dans les milieux institutionnels : « Il arrive que des bourreaux exigent des “négociations” indécentes en échange d’un poste. Dans nos prestations théâtrales, nous avons mis en lumière ce type de violences invisibles, tout en proposant des pistes de solutions. »

Manoucheca Personnat, bénéficiaire unijambiste, se dit déterminée à transmettre les connaissances acquises. « J’ai beaucoup appris sur les violences faites aux femmes. Je vais partager ces informations dans mon quartier, sensibiliser autour de moi et intervenir lorsque je serai témoin d’un acte de violence. » Elle affirme avoir été particulièrement marquée par l’intervention de Me Ricardo Dutreuil sur les droits des femmes : « Grâce à lui, je sais maintenant comment orienter les victimes de violences conjugales pour qu’elles puissent faire valoir leurs droits. »

Dans les camps comme ailleurs, les femmes — en situation de handicap ou non — gardent trop souvent le silence après avoir subi des violences, générant souffrances psychologiques et maladies psychosomatiques. Manoucheca exhorte les femmes à briser ce silence : « Il faut porter plainte devant les tribunaux ou se tourner vers les institutions spécialisées. »

Remise Alexis, plus prudente, nuance : « Beaucoup se taisent par peur que les plaintes restent sans suite. Mais il est tout de même essentiel de dénoncer, notamment auprès des organisations de défense des droits humains. » Pour sensibiliser son entourage, elle entend profiter des espaces d’échanges au sein des associations de jeunesse auxquelles elle appartient. « Ce ne sera pas toujours évident, mais chaque occasion sera saisie pour transmettre ce que j’ai appris. »

Gertrude Séjour, directrice de la Fondation Maurice A. Sixto, souligne que le projet s’inscrit dans une démarche collaborative. « Nous travaillons avec plusieurs partenaires œuvrant pour la promotion des droits des femmes. À travers le projet Crise, nous avons également mis en place des séances de thérapie avec un psychologue, pour accompagner les femmes ayant subi des violences de gangs. »

Prévu sur une durée de cinq mois, le projet prendra fin en septembre 2025. Il comprend des formations sur la VBG, des ateliers de théâtre Forum et des modules sur la sécurité citoyenne. « Notre souhait, c’est que ces quinze bénéficiaires acquièrent des compétences solides, développent leur résilience et renforcent leur estime de soi, afin de faire face aux difficultés de leur quotidien », conclut Mme Séjour.

Natacha Zéphirin
Vant Bef Info (VBI)


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