Port-au-Prince : plus de 800 écoles relocalisées ou fermées en raison de la violence des gangs

L’éducation figure parmi les secteurs les plus durement affectés par la violence des groupes armés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Selon une enquête de l’Union de parents d’élèves progressistes d’Haïti (UPEPH), plus de 800 établissements scolaires privés, ainsi que plusieurs dizaines d’écoles publiques, sont soit relocalisés, soit fermés pour l’année académique 2025-2026. Cette situation prive des milliers d’enfants de scolarité et laisse plus de 20 000 enseignants sans emploi.

Port-au-Prince, 24 janvier 2026.- D’après l’UPEPH, la majorité des écoles privées contraintes de suspendre leurs activités à Port-au-Prince et à Delmas n’ont pas pu reprendre un fonctionnement normal. Certaines ont toutefois été relocalisées, notamment à Haut-Delmas et à Pétion-Ville. C’est le cas de l’institution Sainte-Rose de Lima, communément appelée « Mè Lalue », contrainte d’abandonner son site initial en raison d’affrontements armés impliquant gangs, brigades d’autodéfense et forces de l’ordre à proximité de ses locaux.

L’enquête met également en lumière la situation critique des lycées et écoles nationales, en comparant leurs capacités d’accueil avant et après les déplacements forcés. Le lycée Jean-Jacques Dessalines, autrefois situé à l’avenue Christophe, disposait de 12 salles de classe pour plus de 1 500 élèves. Relocalisé au lycée de Pétion-Ville, il ne fonctionne plus qu’avec quatre salles pour 234 élèves.
Le lycée de La Saline, qui comptait 1 070 élèves, est désormais logé à Delmas 31, rue Estimé et Biassou, avec seulement 289 élèves.

Le lycée Fritz-Pierre-Louis présente une situation tout aussi alarmante. Installé auparavant rue Saint-Honoré, près de l’Hôpital général, il disposait de 23 salles de classe pour la vacation du matin et accueillait environ 4 000 élèves. Aujourd’hui, relocalisé dans les locaux de l’Université de la Renaissance d’Haïti, à proximité de Radio Télé Kiskeya, l’établissement ne compte plus que six salles pour environ 600 élèves.

La dégradation touche aussi de nombreuses écoles nationales, dont Fortuna Guéry, Victorine Latortue, Guillaume Manigat, Thomas Madiou, Horace Ethéard, République dominicaine, Caroline Cheveau, Libéria, République du Chili, République du Brésil, ainsi que des écoles de Gressier, Source Matla, Montrouis, Kenscoff, Bongard et Furcy.
À titre d’exemple, l’école nationale Fortuna Guéry, située au portail de Léogâne, est passée de 245 élèves à seulement 35.

Une vingtaine d’écoles publiques totalement fermées

L’UPEPH rapporte qu’une vingtaine d’écoles nationales, qui accueillaient majoritairement des enfants issus de familles défavorisées, ont complètement cessé leurs activités. Faute de moyens, de nombreux parents ne peuvent pas inscrire leurs enfants dans des établissements privés.
Parmi les écoles fermées à Port-au-Prince figurent notamment les écoles nationales du Venezuela, Smith Duplessis, Fabre Géffrard, Esther Beaubrun Honorat et Emerante Papailler.
À Gressier et Delmas, plusieurs établissements publics sont également à l’arrêt, dont les écoles nationales de Balan, Saline Coustaud, Galette Chambon, République du Dahomey, République Argentine, Pierre Sully, Célie Lilavois et Jean-Baptiste Dehoux.

L’UPEPH estime que les autorités accordent peu d’attention à la crise que traversent les établissements scolaires, qu’ils soient publics ou privés. L’organisation affirme par ailleurs que plusieurs élèves issus d’écoles dysfonctionnelles ou fermées ont rejoint des groupes armés opérant dans la zone métropolitaine, soulignant ainsi le lien direct entre insécurité, déscolarisation et recrutement des jeunes par les gangs.

Jean Allens Macajoux
Vant Bèf Info (VBI)


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