Port-au-Prince, de la quiétude à la peur
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Port-au-Prince, autrefois paisible et attirant des familles en quête d’éducation et de prospérité, est désormais la proie des gangs armés. La capitale haïtienne, reconnue pour sa beauté et sa tranquillité, offrait un cadre de vie agréable à ses habitants. Aujourd’hui, la réalité est bien différente :plus de 80% de la capitale ‘sont sous l’emprise des gangs, plongeant la population dans une insécurité constante.
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Port-au-Prince, le 28 février 2025.-
Expansion des gangs et zones sous contrôle
Depuis plus de quatre ans, la violence des gangs à Port-au-Prince, a atteint un niveau sans précédent. Des quartiers entiers, tels que Martissant, Village de Dieu, Fontamara, Carrefour, Solino, Cité Soleil et Bel-Air, sont désormais dominés par des factions criminelles. La coalition de gangs « Viv Ansanm », formée en septembre 2023, a lancé une série d’attaques coordonnées.
« J’ai grandi à Martissant, qui était tranquille à l’époque. Les portes restaient ouvertes et les voisins veillaient les uns sur les autres. Il n’y avait même pas de grosses clôtures ni de grosses barrières , c était la convivialité. J’ouvrais ma boutique dès l’aube, sans crainte. On rentrait tard sans inquiétude après une journée de travail . Aujourd’hui, cette ville n’existe plus. » explique Jean-François Cénéus, un ancien commerçant de 62 ans.
Issue de l’union des gangs « G9 » et « G-Pep », autrefois rivaux, cette alliance a renforcé son emprise sur la ville, lui permettant de contrôler des zones stratégiques et d’étendre son influence. Les affrontements entre gangs pour le contrôle territorial, ont conduit à des massacres, des déplacements massifs de population et une augmentation alarmante des violences sexuelles, notamment envers les filles. En décembre 2024, une attaque à Cité Soleil a fait près de 200 morts, principalement des personnes âgées. Plus récemment, en février 2025, les quartiers de Nazon, Delmas 30, Tabarre 25, 27 et Kenscoff ont été les cibles d’attaques, provoquant la fuite de nombreuses familles.
« J’ai tout perdu en une nuit. En novembre 2024, ils ont brûlé ma maison. Des tirs ont éclaté, d’autres maisons ont pris feu. Avec mes deux enfants, j ai vidé les lieux. Nous avons marché pendant des heures sans savoir où aller », a déclaré Pierre Harold Synvaince, 34 ans, un déplacé de la Ruelle Alerte.
« Au cours du mandat de Jovenel Moïse, jusqu’à sa mort, on savait que l’insécurité augmentait, mais on ne s’attendait pas à ce chaos. J’allais au travail avec la peur de ne pas rentrer chez moi. Progressivement les rues sont devenues des zones de guerre », témoigne Mireille Mesadieu, 45 ans, infirmière à l’hôpital universitaire La Paix.
Zones épargnées et cibles potentielles
quelques quartiers tels: Turgeau, Canapé-Vert sont encore épargnés par le grand banditisme, mais l’inquiétude gagne les esprits. Ces zones sont constamment menacées et pourraient être les prochaines cibles des factions armées. Les habitants vivent dans une peur constante, redoutant l’expansion des territoires contrôlés par les gangs. Les infrastructures essentielles, telles que les hôpitaux et les écoles, sont également affectées, limitant l’accès aux services de base à la population.
« Nous sommes chanceux pour l’instant. Canapé-Vert tient encore, même si je ne sais pas pour combien de temps. Chaque jour, on entend des rumeurs d’invasion. On s’organise, on monte la garde avec les moyens du bord, affirme un jeune dans la trentaine, habitant de Canapé-Vert et membre de la brigade.
Réactions des habitants face à l’insécurité
Face à cette menace, des mouvements d’autodéfense, tels que « Bwa Kale », ont émergé. Ces groupes s’organisent pour protéger leurs quartiers, en exécutant des membres de gangs. Cependant, leurs actions contribuent à l’escalade de la violence, provoquant un cycle de représailles difficile à contrôler. Les forces de police, quant à elles, sont dépassées et insuffisamment équipées pour faire face à la puissance de feu des gangs. Les policiers réclament davantage de protection et de soutien, dénonçant des retards de paiement et un manque d’aide financière pour les familles des agents tués.
Un avenir incertain pour la capitale haïtienne
Port-au-Prince, autrefois symbole d’espoir, est désormais synonyme de peur et de violence. La ville est passée, en un claquement de doigts, d’une cité tranquille à une zone de terreur. Sans une intervention coordonnée et des mesures concrètes, la situation risque de continuer à se détériorer, plongeant davantage la population dans la détresse.
Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)