Plainte contre X et l’État : la justice haïtienne à l’épreuve de l’incendie des locaux de l’Université Soleil d’Haïti
L’incendie criminel qui a ravagé l’Université Soleil d’Haïti, fondée en 2013 par l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus, située à la rue O de Port-au-Prince, a ouvert un nouveau front judiciaire. L’établissement, reconnu pour sa rigueur académique et son engagement social, est désormais réduit en cendres. Des centaines d’étudiants en droit, gestion et sciences sociales se retrouvent désemparés, leurs salles de classe, laboratoires, archives et bibliothèques partis en fumée.

Face à l’ampleur du drame, Me Sénatus a déposé ce mercredi 5 novembre 2025 une plainte formelle au cabinet d’instruction, espérant que la justice saura identifier les responsables de cet « acte de barbarie ». La plainte vise à la fois des auteurs encore inconnus et l’État haïtien, accusé de négligence face à la montée de la violence armée.
« Nous portons plainte contre X, mais également contre l’État haïtien, qui gaspille les fonds de renseignement et ne protège pas les institutions académiques », a déclaré l’ancien parlementaire à la presse.
Le Doyen du TPI de Port-au-Prince, Bernard Saint-Vil, a promis que ce dossier ne serait pas classé sans suite et qu’un juge instructeur sera bientôt désigné. De son côté, le commissaire du gouvernement, Me Fritz Paterrson Dorval, a assuré que l’enquête suivra son cours « jusqu’à la condamnation des coupables dans un délai raisonnable ».
Mais ces promesses officielles laissent sceptiques nombre d’observateurs. Dans un contexte marqué par l’impunité et la lenteur chronique des procédures judiciaires, peu croient encore à une véritable reddition de comptes. De nombreux dossiers similaires, ouverts avec le même enthousiasme, se sont dissipés dans le silence administratif ou les méandres de la corruption.
L’incendie, que des riverains ont tenté en vain de maîtriser avant l’arrivée tardive des secours, n’a heureusement fait aucune victime. Mais au-delà de la perte matérielle, c’est toute une génération d’étudiants qui voit son avenir compromis. Le dépôt de cette plainte, bien que symboliquement fort, risque de se heurter aux mêmes obstacles qui paralysent depuis des années la justice haïtienne : manque de moyens, pressions politiques et absence de volonté réelle de faire la lumière sur les crimes qui secouent le pays.
Ainsi, l’Université Soleil d’Haïti devient, malgré elle, un nouveau symbole : celui d’une nation où la quête de justice brûle souvent plus lentement que les flammes qui la dévastent.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)
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