« Nou pa ka viv konsa ankò » : l’angoisse quotidienne dans les rues de Delmas
Par Wandy CHARLES
Dans les artères de Delmas 31, 32, 19 et 29, la vie continue… mais sous une chape de peur. Les passants marchent vite, regardent derrière eux, évitent les zones cyniques, trop silencieuses. Même en plein jour, les conversations se murmurent. Les habitants le répètent, comme un constat devenu banal : « Kidnapin nan tounen bagay nòmal… »

Port-au-Prince, décembre 2025.- Depuis plusieurs semaines, plusieurs cas d’enlèvements ont été signalés dans ce quadrilatère urbain pourtant densément peuplé, une zone où des milliers de familles s’étaient réfugiées après avoir fui les violences d’autres quartiers. Aujourd’hui, même ici, elles se sentent traquées.
Assise devant une petite boutique de crédit téléphonique, Marise, mère de deux enfants, raconte avec une voix encore étranglée. « On avait déjà tout perdu à cause des gangs. On est venu se mettre à l’abri à Delmas 31. Et maintenant ? Même quand je vais acheter du riz au marché, je marche avec la peur au ventre. Elle dit avoir vu, de ses propres yeux, un jeune voisin se faire enlever à la tombée de la nuit. « Ils sont arrivés en moto, vite. Personne n’a eu le temps de crier. En trente secondes, il n’était plus là».
Une zone sous tension, entre silence et panique
Dans les rues adjacentes, les mêmes scènes se répètent : boutiques fermées plus tôt que d’habitude, taxis-motos devenus méfiants, attroupements qui se dispersent dès qu’une moto non identifiée approche. À Delmas 29, près d’un carrefour habituellement très animé, un chauffeur de tap-tap décrit une ambiance irrespirable. « Chak jou se menm bagay la. Ou pa konn kiyès k ap pase bò kote w. Bandit yo pa pran vakans. Nou menm, nap viv ak kè kase ». Il confie qu’il change désormais d’itinéraire « trois ou quatre fois par jour pour éviter « les zones rouges ».
À Delmas 32, un commerçant a décidé d’installer des caméras de surveillance et des barres métalliques devant la devanture de son magsin. « Ce n’est pas une vie », souffle-t-il. « Les clients n’entrent plus. Ils me disent : m ap voye lajan, men m pa ka vini. Les gens ont trop peur d’être surpris dans la rue ».
Tout autour, les habitants observent les mouvements, scrutent les visages. Une tension palpable, presque visible.
« L’État doit reprendre le terrain » : un appel pressant à la PNH
Dans les quatre zones affectées, les citoyens réclament une présence policière plus forte. Pas seulement des patrouilles ponctuelles, mais un dispositif régulier, robuste, dissuasif.
À Delmas 19, une résidente qui préfère taire son nom affirme : « Police la dwe la. Nou bezwen wè yo chak jou, chak èdtan menm. Paske bandi yo pa janm dòmi. Se lavi nou ki an danje ». Plusieurs riverains racontent qu’ils n’ont pas vu de patrouille depuis plus d’une semaine, malgré les appels lancés sur les réseaux sociaux et les alertes au commissariat.
Au fil des conversations, un même sentiment domine : la lassitude. Lassitude de fuir, de recommencer ailleurs, de vivre sous la menace constante. Mais aussi, parfois, un mélange fragile de courage et de résilience. Une femme âgée, vendeuse de légumes, résume d’une phrase la tragédie silencieuse qui s’étend : « Nou pè, wi. Men nou bezwen viv. Nou bezwen lari a vin nòmal ankò ».
Une urgence sécuritaire devenue quotidienne
Alors que les enlèvements se multiplient dans ces quartiers de Delmas, les résidents réclament une action immédiate et soutenue. Une présence policière forte, permanente, capable de reprendre le contrôle des axes, rassurer les familles et rétablir un minimum de confiance.
En attendant, la vie continue… disciplinée par la peur, réglée par la prudence, suspendue aux rumeurs d’un nouveau rapt. Helas !
Vant Bef Info
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
