Noël sous les tentes et dans les camps, comme un exil intérieur

L’année 2021 reste indélébile dans la mémoire de nombreux Haïtiens. Non pas parce qu’elle fut resplendissante, mais parce qu’elle a marqué le début d’une longue période de galère pour des milliers de familles contraintes de quitter leurs foyers. Depuis, elles vivent dans des camps de fortune disséminés à travers la capitale et d’autres départements du pays, notamment l’Artibonite.

Port-au-Prince, le 23 décembre 2025.- Quatre ans plus tard, la situation demeure inchangée. À l’approche de Noël, fête traditionnellement associée au partage, à la chaleur humaine et à la réconciliation, de nombreuses familles continuent pourtant de fuir la violence grandissante des groupes armés. Ces familles, autrefois stables, se retrouvent aujourd’hui exilées dans leur propre pays, contraintes de survivre loin de leurs maisons, de leurs repères et de leurs souvenirs.

À Bois-Verna, Turin Hénose, enseignant de formation et responsable du camp de déplacés internes installé sur le site du ministère de la Communication, décrit ce lieu comme un véritable purgatoire social. « Ici, on résiste certes, mais on ne vit pas. Comme vous pouvez le constater, on est entassés comme des bêtes », confie-t-il d’une voix lasse, le regard perdu entre les tentes et les abris de fortune.

Il explique devoir se démener au quotidien pour éviter que l’anarchie ne s’installe dans le camp, tout en soulignant que les habitants sont exposés à toutes sortes de maladies, notamment les infections et les maladies sexuellement transmissibles (MST), dans un environnement où l’hygiène reste précaire.

Interrogé sur la manière dont se déroulera Noël dans le camp, M. Hénose marque un long silence, incapable de trouver les mots justes. Un simple haussement d’épaules suffit à traduire sa désolation face à une réalité trop lourde pour être formulée.
Non loin de là, une jeune mère berçant son bébé de neuf mois laisse éclater sa colère contre les autorités. Selon elle, celles-ci la condamnent à passer, une fois de plus, Noël loin de chez elle.
« Pitit mwen pa ka twò pale. Leta ban mwen yon Nwèl nan fè nwa, kouri pou gang. Bon, m atè isit la : Se sant bòz ak sant pipi ki Nwèl mwen », lâche-t-elle avec une amertume à peine contenue.

Beaucoup d’autres résidents du site partagent le même sentiment. Presque tous refusent d’entendre parler de Noël dans des conditions aussi inhumaines. Ils affirment avoir déjà touché le fond, malgré la bonne volonté de certaines organisations non gouvernementales et l’entraide qui s’organise tant bien que mal au sein de leur communauté.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de déplacés internes en Haïti a atteint un niveau vertigineux en 2025 : 1,4 million en octobre, contre 1,3 million en juin de la même année.

Si Noël est censée être la fête des sentiments nobles et joyeux, en Haïti, la réalité en est bien éloignée. Pour ces exilés internes, la misère et la peur ont remplacé la joie et l’espérance. Leur quotidien, rythmé par la fuite et la survie, ne laisse plus de place à la célébration. Dans un pays où la violence des gangs dicte la vie de milliers de familles, Noël n’est plus qu’un souvenir, celui d’un temps désormais révolu.

Sarah Germain
Vant Bèf Info


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