« Ne vous arrêtez pas en chemin » : la population supplie les forces de l’ordre de tenir la ligne
Par Wandy CHARLES
Des citoyens de plusieurs quartiers de la Capitale d’Haïti, Port-au-Prince, tous points cardinaux d’une même inquiétude réagissent aux assauts contre les repères des bandits. Dans ces zones, la population observe, écoute, espère… mais surtout redoute. Redoute que, comme trop souvent, les opérations des forces de l’ordre démarrent avec fracas avant de s’éteindre sans consolidation et continuité, laissant derrière elles un vide aussitôt comblé par la peur et les représailles

Port-au-Prince.- À Laboule, dans les hauteurs de Pétion-Ville, Johnny, étudiant en Mécanique Auto, s’arrête quelques instants sous un amandier poussiéreux. Autour de lui, le quartier retient son souffle. « Nous avons vu les images opérations entamées contre les bandits armés. Mais ce que nous craignons, c’est l’abandon. À chaque fois qu’on relâche la pression, ce sont les gangs qui reviennent, plus violents encore », lâche-t-il, le regard perdu.

Pour lui, le message est clair : l’État ne peut plus se permettre de se contenter d’actions sporadiques contre les gangs. « S’ils commencent, ils doivent aller jusqu’au bout. Sinon, ce sera nous qui paierons le prix. »
À Lalue, l’atmosphère est plus bruyante, mais la peur n’en est pas moins présente. Marlaine, professeure de kindergarten, rentre chez elle après une journée écourtée. Les classes ne tiennent plus quand l’insécurité s’invite aux abords des écoles. « Les enfants sont traumatisés, les parents aussi. On vit avec la peur constante des balles perdues, des attaques surprises », confie-t-elle, la voix fatiguée. Elle en appelle directement aux autorités : « Il faut intensifier les opérations et les maintenir. Les parents ont trop souffert. On ne peut plus être pris en otage par des criminels sans foi ni loi. »
Un peu plus loin, sur la Route de Frères, Jonas, agent de sécurité, observe les passants avec l’attention de ceux qui ont appris à lire le danger dans les gestes les plus ordinaires. Lui sait ce que signifie l’absence de suivi. « Quand une opération n’est pas consolidée, les bandits reviennent se venger. Et ce ne sont ni les ministres ni les chefs qui en souffrent, ce sont les habitants », martèle-t-il. Selon lui, la population est arrivée à un point de rupture. « On ne peut plus continuer ainsi. Les pères et mères de famille ont déjà trop subi. »
D’un quartier à l’autre, le même cri monte : ne pas s’arrêter en chemin. Les citoyens ne réclament pas des annonces, mais de la constance. Pas des opérations éclairs, mais une stratégie durable. Car chaque retrait précipité, chaque action inachevée, ravive la spirale de la violence et expose davantage ceux qui n’ont pour seule protection que l’espoir d’un État qui se montre, semble-t-il enfin présent.
Dans ces rues marquées par les traumatismes, une conviction s’impose : si la pression retombe, ce ne sont pas les gangs qui reculeront, mais la population qui, une fois encore, en fera les frais.
Vant Bef Info (VBI)
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