Mario Andrésol : du verbe sécuritaire à l’impuissance du pouvoir
Longtemps présenté comme un expert incontournable de la sécurité nationale, Mario Andrésol n’a pas su transformer son discours en action. À la tête du Secrétariat d’État à la Sécurité publique, son passage laisse l’image d’une promesse déçue, dans un pays toujours plus livré à la violence armée.

Par-delà les plateaux de télévision et les analyses savamment articulées, le passage de Mario Andrésol à la tête du Secrétariat d’État à la Sécurité publique laisse un goût amer. Pour de nombreux observateurs, celui qui incarnait l’espoir d’un sursaut sécuritaire a échoué à répondre aux attentes les plus élémentaires.
Habitué des émissions-débats et des colonnes de la presse haïtienne, Mario Andrésol s’était imposé, pendant des années, comme une référence sur les questions de sécurité publique. Mais une fois propulsé au cœur de l’appareil exécutif, son action a semblé se dissoudre. Nommé le 13 janvier 2025 dans un contexte d’insécurité extrême, il n’est jamais parvenu à infléchir la trajectoire du chaos.
Sous son mandat, plusieurs zones métropolitaines de Port-au-Prince, ainsi que des territoires stratégiques de l’Artibonite, sont restés — ou passés — sous le contrôle des gangs armés. Le bilan est sans appel : aucun territoire reconquis, aucun chef de gang neutralisé, selon les données communément relayées. Un résultat désastreux pour un responsable dont la mission principale était de coordonner et de renforcer la riposte de l’État face au banditisme.
Plus troublant encore, Mario Andrésol s’est illustré par une présence publique quasi inexistante. Loin de l’image du décideur ferme et du stratège audacieux qu’il cultivait autrefois, il est apparu comme un simple suiveur de cortège, incapable d’imposer une vision, d’insuffler une dynamique ou de mobiliser efficacement les forces de sécurité. Son silence contraste violemment avec l’urgence et la gravité de la crise.
Ce constat est d’autant plus sévère que le parcours de Mario Andrésol force, en théorie, le respect. Né en 1960, ancien officier d’infanterie des Forces armées d’Haïti (1982-1995), il y atteint le grade de capitaine. Après la dissolution de l’armée, il intègre la Police nationale d’Haïti en 1995, où il gravit rapidement les échelons.
Il occupe successivement les fonctions de commissaire de police à Pétion-Ville (1995-1997), commissaire principal du district de Port-au-Prince (1997-1998), directeur central de la police judiciaire (1998-2001), avant d’être nommé directeur général de la PNH de 2005 à 2012.
Sur le plan académique, il est diplômé de l’Académie militaire d’Haïti (1984) et bénéficie de formations spécialisées à l’étranger, notamment à Fort Benning, aux États-Unis, et à l’École des officiers de la Gendarmerie nationale à Melun, en France. Il a également étudié les affaires internationales à l’Institut des hautes études internationales de Port-au-Prince et détient un diplôme d’études parajuridiques de la New York Paralegal School.
Malgré ce parcours impressionnant, son passage au Secrétariat d’État à la Sécurité publique met cruellement en lumière le fossé entre la rhétorique et l’action. Celui qui analysait, critiquait et proposait des solutions depuis l’extérieur du pouvoir n’a pas su traduire ses idées en résultats tangibles une fois aux commandes.
Pour une population prise en otage par l’insécurité, Mario Andrésol incarne aujourd’hui moins l’espoir d’un redressement que la déception d’une promesse non tenue. Son expérience, jadis source de crédibilité, apparaît désormais comme une occasion manquée dans l’un des moments les plus critiques de l’histoire récente d’Haïti.
Judelor Louis Charles
VANT BÈF Info (VBI)
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