Le combat silencieux du gynécologue Makenzy Dorlus

Alors qu’un médecin sur trois a déjà quitté le pays et que les gangs contrôlent 90 % de la capitale, le Docteur Makenzy Dorlus persiste. Entre philanthropie, menaces de mort et calomnies numériques, portrait d’un praticien pour qui soigner est devenu l’ultime acte de résistance.

PORT-AU-PRINCE, le 2 février 2026.-

Dans une ville où l’espérance de vie plafonne à 65 ans et où les hôpitaux sont devenus des cibles de guerre, une silhouette en blouse blanche refuse de plier bagage. Le Docteur Makenzy Dorlus, gynécologue de formation, incarne cette frange héroïque de la médecine haïtienne qui, face au chaos, choisit de rester fidèle à son serment.

Une vocation forgée dans la rigueur

“Fils du peuple” issu d’un quartier modeste de Port-au-Prince, le Docteur Dorlus porte en lui une éducation faite de respect et de ténacité. Son ascension dans une filière médicale où les ressources sont dramatiquement rares, seuls 16 % des médecins disposent d’une bibliothèque sur leur lieu de travail.

Aujourd’hui, il multiplie les interventions entre l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) et la clinique CITIMED. Sa réputation de “gynécologue hors pair” se double d’une aura de philanthrope : il n’est pas rare qu’il offre ses soins gratuitement ou qu’il finance, avec ses propres deniers, la scolarité d’enfants issus de familles brisées par la pauvreté ou la violence.

Le quotidien d’un médecin sous siège

Exercer à Port-au-Prince en 2026, c’est vivre avec une cible dans le dos. Les chiffres sont accablants. 74 % des professionnels de santé envisagent l’exil et 44 % ont vu un collègue se faire enlever. Le Docteur Dorlus n’y a pas échappé, ayant lui-même subi plusieurs séquestrations. Le 24 décembre dernier, l’horreur a franchi un nouveau cap lors de la réouverture sanglante de l’HUEH attaquée par des gangs filmant leurs exactions par drone. C’est dans ce climat apocalyptique que le médecin doit naviguer, entre urgences vitales et drames personnels.

Récemment, alors qu’il portait secours à un proche en état comateux, il s’est retrouvé au cœur d’une tempête numérique, victime de calomnies virales lancées sur les réseaux sociaux. Un “lynchage 2.0” qui illustre la fragilité de la réputation à l’ère des forfaits data prépayés.

Le système de santé haïtien en chiffres

Pour la violence, 90 % de la capitale est placé sous le contrôle des gangs. Pour le ratio de lédecin pour la population, in dénombre 1,4 médecin pour 10 000 habitants. Rappellons que ces statistiques décrit le pire ratio des Amériques. Pour l’effondrement du système de la santé, seuls 37 % des établissements de santé sont opérationnels.

Résister pour ne pas disparaître

Pourquoi ne pas partir ? Pour beaucoup, l’exil signifie troquer son stéthoscope contre un emploi chez Amazon ou Walmart, une érosion de l’estime de soi que le Docteur Dorlus refuse. Malgré la pression constante et la douleur d’une formation acquise “derrière les lampes à pétrole”, il choisit le retour au pays, encore et toujours.

Alors que des organisations internationales comme MSF sont contraintes de suspendre leurs activités à Bel-Air et à Turgeau, l’engagement de ces médecins locaux devient le dernier rempart contre l’obscurité totale.

L’histoire du Docteur Dorlus n’est pas un simple fait divers ; c’est une allégorie de la résilience d’une nation qui, malgré les balles et les rumeurs, s’obstine à vouloir donner la vie.

Vant Bèf Info (VBI)


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