L’assassinat de Jovenel Moïse annonce la mort d’Haïti
Ils étaient quatre. Quatre chefs d’État haïtiens, assassinés pendant qu’ils occupaient la plus haute fonction de la République. Jean-Jacques Dessalines (1806), Cincinnatus Leconte (1912), Vilbrun Guillaume Sam (1915) et Jovenel Moïse (2021). Quatre morts tragiques. Quatre traumatismes. Et aucune justice rendue. La mort de Jovenel Moïse n’est donc pas un simple fait divers politique : elle incarne le symptôme d’un mal profond, ancien, qui ronge l’âme d’un pays incapable de se réconcilier avec son passé.

Port-au-Prce, le 7 juillet 2025.- Le 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse est criblé de balles dans sa résidence privée, à Pèlerin 5, au cœur de la capitale haïtienne. Un assassinat aussi spectaculaire que glaçant. Quatre ans plus tard, pas un seul jugement, pas une vérité nationale reconnue, pas même un deuil collectif assumé. Le pays s’est habitué à l’inacceptable.
Et pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un président haïtien tombe ainsi sous les balles ou sous la violence du pouvoir. Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la nation, a été trahi et exécuté par ses anciens alliés. Cincinnatus Leconte, président moderne mais contesté, a explosé avec son palais. Vilbrun Guillaume Sam, a été lynché par une foule en furie. À chaque fois, aucune justice. À chaque fois, l’impunité a gagné. À chaque fois, l’État a reculé.
La répétition de ces assassinats sans suite judiciaire illustre une constante historique : la faiblesse structurelle de l’État haïtien. Si le premier citoyen, le garant des institutions, peut être éliminé sans que la justice ne bouge, que reste-t-il du contrat social ? Que reste-t-il pour le citoyen ordinaire, l’invisible, le vulnérable ? La mort du président devient alors le miroir brisé de toute une nation sans défense.
Le drame de Jovenel Moïse ne fait que révéler un pays en décomposition lente. Depuis la mort de Dessalines, nous n’avons pas su bâtir une justice digne, indépendante, capable de dire le droit au-dessus des intérêts partisans. Aimer ou haïr ces présidents importe peu. C’est la justice qu’il fallait rendre. Et en ne le faisant pas, nous avons, en silence, signé l’arrêt de mort de la République.
Aujourd’hui, Haïti flotte entre passé et néant. Ses élites, dans un silence complice, observent la chronique d’une mort annoncée. Celle d’un pays qui n’a jamais su faire la paix avec ses fantômes. Tant que justice ne sera pas rendue à nos quatre présidents assassinés, tant que l’État restera incapable de protéger et de punir, la mort de Jovenel Moïse ne sera pas la dernière. Elle aura simplement annoncé celle d’Haïti.
Deslande Aristilde
Vant Bèf Info (VBI)
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