« La peur recule, mais l’attente demeure » : regards des citoyens sur les récentes opérations anti-gangs

Les opérations de sécurité conduites ces dernières semaines par la Police Nationale d’Haïti dans plusieurs fiefs de gangs armés de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince produisent des effets perceptibles au-delà des zones directement concernées. Dans plusieurs quartiers, les habitants et usagers de l’espace public constatent une baisse de la pression sécuritaire, une reprise timide des activités et une confiance encore prudente envers les forces de l’ordre.

Au centre-ville, à Delmas, à Bourdon et à Tabarre, lieux de rencontre avec nos interlocuteurs, mais pas forcément tous théâtres directs des opérations, un même sentiment s’exprime : la peur recule, la confiance revient par à-coups, mais l’attente, elle, demeure entière.

Une confiance qui renaît, sous conditions

Au centre-ville de Port-au-Prince, la rue semble sur le point de reprendre son souffle. Des opérations de nettoyage sont en cours, certains axes sont rouverts. Patrick, chauffeur de moto-taxi dans la zone de Lalue, suit attentivement l’évolution de la situation sécuritaire. « Même si les opérations ne se font pas ici, on en ressent l’impact. Les bandits sont moins audacieux et opulents, les rumeurs circulent moins, et les gens osent à nouveau sortir. » Pour lui, la symbolique est forte. Chaque intervention menée dans un bastion criminel agit comme un signal : l’État n’a pas totalement déserté le terrain. « Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas senti une telle reprise de l’initiative », confie-t-il, prudent mais soulagé.

À Delmas, Michena, petite commerçante, observe la rue avec une vigilance forgée par des années d’instabilité. « Quand on apprend que la police intervient dans les fiefs des gangs, ça rassure. On se dit que les choses peuvent changer. » Son optimisme reste toutefois mesuré. L’expérience a appris la prudence. « On a déjà vu des opérations sans lendemain. Cette fois, on espère que ce ne sera pas un feu de paille. » Pour elle, la continuité des actions est la seule garantie contre le retour des violences.

À Bourdon, quartier stratégique où se concentrent institutions et axes sensibles, Jean Sauveur, employé administratif, analyse la situation avec une lucidité sans complaisance. « Ces opérations sont nécessaires et bien accueillies. Elles prouvent que la police peut frapper au bon endroit. » Mais, la population attend plus que des coups ponctuels. Il faut neutraliser durablement les chefs de gangs, consolider les zones libérées et y maintenir une présence permanente. » À défaut, prévient-il, ce sera du « lave men siye atè ».

À Tabarre, Maggie, étudiante, incarne une jeunesse longtemps désabusée par les promesses sans suite. Elle reconnaît néanmoins une mutation du climat général. « La confiance envers la police était presque inexistante. Les opérations récentes la font revenir, lentement. » Mais cet espoir reste conditionné : « On ne veut pas d’actions spectaculaires suivies de silence. La sécurité doit devenir une réalité quotidienne, pas un événement exceptionnel. » Pour elle, la crédibilité des forces de l’ordre se jouera sur la durée.

Chauffeurs, commerçants, employés ou étudiants : les voix recueillies convergent. Les opérations anti-gangs menées dans les fiefs criminels sont largement saluées. Elles réhabilitent, partiellement, l’image des forces de l’ordre et réinstallent l’idée que l’autorité de l’État peut être réaffirmée.

Wandy CHARLES

Vant Bef Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.