Insécurité : une école à deux vitesses entre Port-au-Prince et les provinces
L’insécurité persistante continue de perturber gravement le fonctionnement du système éducatif haïtien, avec des impacts particulièrement sévères dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, tandis que les provinces, bien que moins touchées par les violences armées, subissent à leur tour les effets indirects de la crise.

Port-au-Prince, 17 janvier 2026. — Dans plusieurs zones de l’Ouest, notamment à Martissant, Carrefour, Cité Soleil, Carrefour-Feuilles, Croix-des-Bouquets, Bas-Delmas et Tabarre, de nombreux établissements scolaires ont été contraints de fermer leurs portes ou de se relocaliser depuis 2023, selon des estimations d’associations d’écoles et de syndicats d’enseignants. Entre 200 000 et 300 000 élèves seraient concernés par ces interruptions ou déplacements forcés.
« Notre école a changé de local trois fois en un an. Certains élèves ont complètement quitté le système, leurs parents n’arrivent plus à suivre », témoigne la directrice d’une école fondamentale déplacée de Port-au-Prince vers Delmas.
Les provinces sous pression
En dehors de la capitale, la majorité des écoles restent ouvertes, notamment dans le Nord, le Plateau Central, l’Artibonite et le Grand Sud. Toutefois, ces établissements doivent composer avec l’arrivée d’élèves déplacés, la diminution des ressources financières des familles et la crainte d’une propagation de l’insécurité.
« Nous recevons des enfants venant de Port-au-Prince sans dossiers scolaires, parfois en situation de détresse. Nous faisons de notre mieux, mais nos moyens sont limités », explique le directeur d’une école publique au Cap-Haïtien.
La pression démographique, combinée au manque d’infrastructures et de personnel, fragilise davantage des écoles déjà confrontées à des difficultés structurelles.
Impact économique et déscolarisation
L’insécurité affecte également l’économie locale dans plusieurs départements. La baisse des activités commerciales et la hausse du coût de la vie contraignent de nombreuses familles à retirer leurs enfants de l’école, même dans des zones relativement épargnées par les violences.
Des directeurs d’établissement rapportent une augmentation des abandons scolaires liés à l’incapacité des parents à payer les frais de scolarité, les uniformes ou le transport.
Réformes annoncées, urgence sur le terrain
Dans ce contexte, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) continue d’annoncer des programmes de réforme et de modernisation du système éducatif. Mais sur le terrain, ces initiatives sont jugées insuffisantes face à l’ampleur de la crise.
« À Port-au-Prince, il n’y a plus de salles de classe sécurisées. En province, il n’y a pas de moyens supplémentaires pour accueillir les déplacés. On parle de réforme alors que l’école lutte pour survivre », déplore un responsable syndical du secteur éducatif.
Vers un creusement des inégalités scolaires
Parents, enseignants et organisations éducatives plaident pour une réponse différenciée selon les régions : sécurisation prioritaire des zones scolaires dans la capitale, appui financier et logistique aux écoles de province accueillant des élèves déplacés, et mise en place de structures temporaires d’apprentissage.
Faute d’une stratégie nationale adaptée aux réalités territoriales, préviennent-ils, les inégalités d’accès à l’éducation risquent de s’aggraver, compromettant durablement le parcours scolaire de milliers d’enfants.
Aujourd’hui, l’école haïtienne fonctionne à deux vitesses : une capitale où apprendre devient de plus en plus risqué, et des provinces qui tentent de maintenir le système à bout de bras, sous la pression d’une crise nationale persistante.
Sarah-Lys Jules
Vant Bèf Info (VBI)
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