Insécurité à Port-au-Prince : l’épreuve quotidienne des habitants contraints de traverser les zones armées
Chaque jour, des milliers de travailleurs, d’élèves, d’étudiants et de petits commerçants sont contraints de traverser des zones contrôlées par des groupes armés pour vaquer à leurs activités. De Carrefour à Fontamara, du centre-ville à la plaine du Cul-de-Sac, ces axes devenus des couloirs de peur exposent les usagers à des barrages improvisés, des tirs sporadiques et des rackets. Pour beaucoup, l’objectif est simple : rentrer vivants.

Port-au-Prince, 13 décembre 2025. —La majorité des principales voies de circulation de la capitale restent sous l’emprise de gangs armés. Fontamara, Martissant, Carrefour, Croix-des-Bouquets ou encore certaines zones de la plaine figurent parmi les passages les plus redoutés. Pourtant, pour de nombreux habitants, ces routes constituent des passages obligés. Les déplacements commencent souvent dès l’aube, parfois dès 5 heures du matin, dans l’espoir d’éviter les heures les plus dangereuses. Mais l’imprévisibilité demeure totale : un axe praticable le matin peut devenir inaccessible en quelques minutes.
Fontamara, marcher là où les véhicules n’osent plus passer
Parmi les zones les plus à risque, Fontamara illustre l’ampleur de la situation. À certaines heures de la journée, les transports en commun s’y font rares, voire inexistants. Les chauffeurs refusent souvent d’y entrer. Les résidents, eux, n’ont d’autre choix que de poursuivre leur route à pied.
Christine Jean-François, étudiante finissante en sciences infirmières à l’Université de Technologie d’Haïti (UNITECH), témoigne d’un quotidien marqué par la peur. Trois fois par semaine, elle parcourt à pied plusieurs centaines de mètres entre Fontamara et la route de Frères pour se rendre à l’université, contrainte de le faire depuis que son établissement a quitté son ancien local de l’avenue N, désormais contrôlé par des groupes armés.
« Quand je quitte l’université vers 17 heures, arriver à Kafou Ti Fou vers 18 heures devient un problème. Souvent, il n’y a plus de bus. Quand c’est le cas, on se regroupe, quinze ou vingt personnes, et on marche », raconte-t-elle. Le trajet se fait en longeant le stade Sylvio Cator, le cimetière de Port-au-Prince, puis les premières et deuxièmes avenues jusqu’à Fontamara.
Selon elle, les points les plus dangereux se situent notamment entre la deuxième avenue, le marché Salomon, les abords du stade et Portail Léogâne. « Il peut y avoir des échanges de tirs à tout moment. Il y a des guetteurs partout. On sent qu’on est surveillés », explique-t-elle. Une fois arrivée chez elle, paradoxalement, la vie reprend un semblant de normalité, malgré la présence visible d’hommes armés connus de tous.
Une réalité partagée dans plusieurs quartiers
Ce témoignage reflète celui de nombreux habitants de zones comme Grand-Ravine, Canaan, Village-de-Dieu ou certaines localités de la plaine. Civils et groupes armés y cohabitent dans un climat de tension permanente. L’absence de transports, la nécessité de prendre des décisions à la seconde et l’improvisation constante rythment le quotidien.
Dans cette Haïti fragmentée par l’insécurité, se déplacer est devenu un acte de courage imposé. Pour ces citoyens déterminés à continuer de travailler, d’étudier et de survivre, l’essentiel n’est plus d’arriver à l’heure, mais d’arriver en vie.
Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)
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