Inflation galopante : les Haïtiens réinventent les fêtes de fin d’année sous la pression des prix

À l’approche des fêtes de fin d’année, les célébrations en Haïti se déroulent dans un contexte économique marqué par une inflation persistante. Face à la flambée des prix des produits alimentaires, du carburant et des biens importés, les ménages réduisent considérablement leurs dépenses et adaptent leurs traditions festives.

Port-au-Prince, 10 décembre 2025. — Selon les constats de Vant Bèf Info, les hausses sont particulièrement marquées : la dinde (+35 %), le riz importé (+22 %), l’huile de cuisson (+28 %), les légumes pour salade russe (+18 %), les boissons gazeuses et alcools (+30 à +40 %), les pâtes alimentaires (+25 %) et le poulet local (+15 %). Pour contenir les coûts, les familles privilégient désormais les produits locaux, les repas simplifiés, les décorations artisanales et les desserts faits maison.

Dans les marchés de Port-au-Prince, des Cayes ou de Jérémie, les témoignages illustrent cette réorganisation contrainte. Marie-Louise, vendeuse à Delmas, explique avoir renoncé à la dinde : « À 7 000 gourdes, c’est devenu un luxe. On fera un riz collé et une salade russe. L’important, c’est la famille. » À Les Cayes, Ronaldo, chauffeur de taxi-moto, confie que les vêtements neufs et les cadeaux passeront après « les urgences », notamment l’alimentation et le carburant.

Les difficultés poussent aussi à la créativité. Johana, étudiante à Jérémie, raconte avoir fabriqué une crèche en carton avec ses cousins, faute de moyens pour acheter des décorations importées. « Ça nous rassemble davantage », dit-elle.

Pour l’économiste Élise Dorsainvil, cette adaptation n’est pas temporaire mais structurelle. Elle explique que l’érosion du pouvoir d’achat résulte d’une combinaison de facteurs : dépréciation de la gourde, insécurité perturbant les circuits d’approvisionnement, hausse des coûts d’importation. « On observe un recentrage sur les produits locaux et une réduction durable des dépenses festives. Cette reconfiguration pourrait s’ancrer si aucune stabilisation macroéconomique n’intervient », analyse-t-elle.

Malgré les contraintes et un climat d’insécurité généralisée, certaines villes comme Jacmel, le Cap-Haïtien et quelques quartiers de l’aire métropolitaine conservent une atmosphère festive, même modeste. Marchés décorés, lumières discrètes et rencontres familiales témoignent d’une volonté de préserver l’esprit des fêtes.

Le sociologue Jean-Wilner Pierre estime que cette période révèle une résilience culturelle profondément ancrée. Selon lui, « les Haïtiens ont toujours fait preuve d’inventivité dans la crise. Les fêtes deviennent moins matérielles, plus centrées sur le partage et la convivialité ».

Entre restrictions budgétaires et créativité, les Haïtiens réinventent leurs pratiques de fin d’année, transformant la contrainte économique en nouvelles formes de solidarité.

Judelor Louis Charles
VANT BÈF INFO (VBI)


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