Haïti:Port-au-Prince sous tension : qui tient réellement les rênes du pays ?

La peur s’installe, sournoise, dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Depuis plusieurs jours, les gangs armés promettent de « semer le chaos » à partir de ce 17 novembre . Et, une fois encore, leurs menaces suffisent à paralyser une population déjà épuisée. Les bandits parlent, et trop souvent, la population obéit. Voilà le constat dramatique d’un pays où l’ordre s’inverse et où les armes illégales font désormais plus autorité que l’État.

Les écoles restent fermées dans leur grande majorité. L’administration publique fonctionne au ralenti. Le commerce informel, pourtant moteur de survie de milliers de familles, tourne au minimum. À Port-au-Prince, chacun vit au rythme d’une angoisse diffuse : sortir ou rester chez soi ? Travailler ou se cacher ? Attendre ou tenter sa chance ?

La Police nationale d’Haïti, elle, s’efforce tant bien que mal d’occuper le terrain. Des patrouilles fixes et mobiles sont visibles dans certaines artères du bas de Delmas. L’institution dit être « en mode offensif » dans plusieurs zones afin de briser la machine infernale de l’insécurité. Mais l’armée des gangs reste vaste, mobile, imprévisible. Et surtout, elle possède ce que l’État a perdu : la capacité de faire peur.

Les chiffres du BINUH rappellent l’ampleur du désastre :

1 247 personnes tuées,

710 blessées,

145 kidnappings,

au moins 400 victimes de violences sexuelles.

Ces statistiques ne sont pas de simples numéros. Elles racontent l’effondrement progressif du pacte social, l’érosion quotidienne de l’État, et l’horreur devenue banale au cœur de notre capitale.

Alors, une question s’impose : qui dirige réellement le pays ?
L’État, affaibli, fragmenté, qui peine à reprendre le contrôle ?
Ou les gangs qui imposent leur calendrier, leur loi, leurs interdits, leurs zones rouges ?

Le Conseil présidentiel de transition (CPT), dont l’une des missions prioritaires était de rétablir l’autorité de l’État, peut-il encore le faire ? Peut-il encore inspirer ce minimum de confiance qui prouve qu’il tient réellement la barre ? À l’heure où la population vit sous la menace directe de groupes armés, il est urgent que ce Conseil cesse d’exister uniquement dans les discours et prenne enfin corps dans les actes.

Car un pays ne peut pas avancer avec un État qui ne fait plus peur aux criminels, mais qui effraie à peine par son absence. Un pays ne peut pas se reconstruire si ceux qui ont le devoir de le protéger semblent toujours en réaction, jamais en action. Le CPT doit donc sortir de sa torpeur institutionnelle, définir une stratégie claire, assumer le leadership, et surtout — surtout — rétablir la conviction que l’État peut encore gagner.

L’heure n’est plus aux déclarations.
L’heure est au courage politique, à la cohérence, et à l’autorité.

Car si les gangs continuent d’imposer leur loi, alors la question ne sera plus « qui dirige le pays ? », mais si le pays est encore dirigeable.

Yves MANUEL

Vant Bèf Info ( VBI)


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