Haïti : une terre livrée par ses propres fils
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, Haïti s’enfonce dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent. Privé de chef d’État élu et miné par l’instabilité, le pays est désormais à la merci de coalitions armées qui sèment la terreur dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et au-delà : meurtres, viols, enlèvements et violences sexuelles font désormais partie du quotidien.

Une insécurité hors de contrôle
Port-au-Prince, 8 septembre 2025. – Près de cinq ans après, la situation s’est aggravée. Selon les estimations, plus de 85 % de la capitale échappent aujourd’hui au contrôle de l’État. Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2021 n’ont adopté aucune stratégie capable de freiner l’expansion des gangs. Résultat : l’État a perdu toute capacité d’action face à une insécurité généralisée.
L’intervention internationale en échec
En octobre 2023, le Conseil de sécurité de l’ONU avait autorisé le déploiement d’une mission multinationale de soutien à la sécurité (MMAS), conduite par le Kenya avec l’appui de plusieurs pays, dont les États-Unis et la Jamaïque. Mais cette intervention n’a pas produit les effets escomptés. En 2024, plus de 5 600 personnes ont été tuées, tandis que les enfants et adolescents restent des cibles privilégiées pour les gangs, utilisés comme combattants, boucliers humains ou victimes d’exploitation.
Un désastre humanitaire et éducatif
Selon l’ONU, plus de 1,3 million de personnes ont été déplacées à cause des violences. Le système éducatif est frappé de plein fouet : plus d’un million d’enfants ne sont pas scolarisés, 1 600 écoles ont dû fermer et plus de 80 établissements servent désormais de refuges improvisés. Dans de nombreuses régions, enseignants et élèves sont menacés, tandis que les routes bloquées compliquent l’accès aux rares écoles encore ouvertes. Cette déscolarisation massive accroît la vulnérabilité des enfants : exploitation, abus sexuels, enrôlement forcé.
Les alertes répétées de l’ONU
La cheffe par intérim du BINUH, Ulrika Richardson, a tiré la sonnette d’alarme : les violations des droits humains s’intensifient dans les zones où l’État est quasiment absent. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé une « histoire d’horreur sans fin », où la population se retrouve à la merci des gangs, mais aussi exposée aux abus de certaines forces de sécurité et groupes d’autodéfense. Un rapport des Nations Unies met en garde contre le risque d’expansion du trafic d’armes et d’êtres humains dans toute la Caraïbe.
Une population laissée pour compte
Malgré l’urgence humanitaire, aucune stratégie viable n’a été adoptée par les autorités haïtiennes pour protéger la population civile. L’insécurité alimentaire progresse, les hôpitaux manquent de moyens pour soigner les victimes, et la communauté internationale peine à coordonner une réponse à la hauteur. Une fois de plus, ce sont les citoyens ordinaires qui paient le prix fort d’une violence sans fin.
Wilda Denestant
Vant Bèf Info (VBI)
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