Haïti – Port-au-Prince : quand la capitale vibrait au rythme de ses week-ends
Autrefois, les week-ends à Port-au-Prince étaient une véritable fête. La musique résonnait dans les quartiers, les rues s’animaient au son des haut-parleurs, et les familles se mêlaient à la foule joyeuse. Au marché de la Croix-des-Bossales, il fallait se frayer un chemin parmi une marée d’acheteurs. Les marchands, débordés, servaient sans relâche. On y trouvait de tout : fruits, légumes, poissons, vêtements… C’était l’endroit où l’on faisait ses provisions pour toute la semaine. Même les restaurants les plus réputés y passaient commande. Véritable poumon économique de la métropole, la Croix-des-Bossales battait alors au rythme d’une effervescence quotidienne.

Port au Prince, le 27 septembre 2025–
Qui pourrait oublier le marché Saint-Joseph, surtout à l’approche de la rentrée des classes ? C’était le point de ralliement des parents, bras dessus bras dessous, à la recherche des cahiers, uniformes et petites fournitures pour leurs enfants. Un lieu de rencontre, de solidarité et d’espérance.
Mais tout a basculé. Depuis que les gangs armés ont entrepris de détruire Port-au-Prince, cette capitale vibrante s’est vidée de ses couleurs. Finis les souvenirs des années 90 où, malgré la pauvreté, la vie avait encore un goût d’espoir. On se rappelle ce jeune venu de la province, plein d’ambition pour poursuivre ses études secondaires, dépouillé de l’argent qui devait lui servir à acheter des chaussures pour la rentrée. Une histoire triste mais banale, comme tant d’autres. Pourtant, même les vendeurs de vêtements usagés – ces fameux pèpè – donnaient au bas de la ville une identité, une atmosphère unique.
Port-au-Prince, ce patrimoine immatériel, ne doit pas mourir. Malgré les atrocités, beaucoup rêvent encore d’une renaissance. On veut revoir ces taptaps colorés, décorés comme des œuvres d’art, cracher à plein volume les tubes de Zen, Lakol ou Papash. On veut revivre ces instants magiques de la rue Pavée, où trônait la mythique Radio Galaxie. Là, toute une génération retenait son souffle en attendant la voix de Richard Holland, dit Richie, pour connaître les résultats des matches phares du championnat national de première division.
Et que dire de la Grand-Rue, où se dressait fièrement la TELECO ? Les files d’attente interminables pour passer un appel international faisaient partie du quotidien. Mais le séisme du 12 janvier 2010 a réduit en poussière l’édifice construit sous la dictature des Duvalier. Aujourd’hui, il ne reste que des souvenirs, à la fois doux et douloureux. Lorsqu’on les évoque, les larmes montent aux yeux tant leur présence est encore vive.
Ô Port-au-Prince, quand tu nous manques, c’est tout un pays qui saigne de nostalgie.
Uguenson Auguste
Vant Bef Info (VBI)
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