Haïti – Politique : Fanmi Lavalas entre indignation morale et calcul politique

À l’approche du 18 novembre, date hautement symbolique de la bataille de Vertières, le parti Fanmi Lavalas a publié mercredi 12 novembre une note de presse particulièrement critique à l’égard du Conseil présidentiel de transition (CPT). Le parti y dénonce « l’échec patent du gouvernement de transition », l’effondrement de l’État, la corruption persistante et l’insécurité croissante.

Port-au-Prince, le 13 novembre 2025 —

Le texte rend hommage aux héros historiques, appelle à la responsabilité nationale et évoque la perspective d’un renouveau à l’horizon du 7 février 2026.
Mais derrière cette indignation, une contradiction apparaît clairement.

Une critique qui interroge

Fondé par Jean-Bertrand Aristide, ancien président et figure majeure de la mobilisation populaire, Fanmi Lavalas s’est longtemps présenté comme la voix des classes marginalisées et le défenseur de la souveraineté nationale. Pourtant, le parti n’est pas totalement extérieur aux mécanismes du pouvoir qu’il critique aujourd’hui.

Leslie Voltaire, l’un de ses représentants, siège en effet au sein du Conseil présidentiel de transition, cette même structure que Lavalas accuse de défaillances en matière de sécurité, de gouvernance, d’organisation des élections et de réforme constitutionnelle.
Dès lors, une question s’impose : comment dénoncer un système auquel on participe ? En mettant en cause « les autres » tout en siégeant au sein du même dispositif, Lavalas fait face à une contradiction politique difficile à ignorer.

Indignation sincère ou stratégie politique ?

Pour plusieurs citoyens, cette prise de position publique relève davantage d’une manœuvre politique que d’un sursaut moral. À la veille d’une date symbolique, le parti chercherait à reprendre l’initiative dans l’espace public en s’appuyant sur la lassitude et la frustration généralisées à l’égard de la transition.

« Personne ne peut prendre au sérieux les dirigeants de Fanmi Lavalas. Pourquoi ne demandent-ils pas à leur représentant de démissionner ? », interroge Wilner Valsaint, habitant de Tabarre. Il qualifie également l’ancien président Aristide de « traître », estimant qu’il n’a pas su saisir, selon lui, l’opportunité de mettre le pays sur la voie du développement. S’il reconnaît l’échec du CPT, M. Valsaint dit ne pas comprendre la démarche d’un parti qui dénonce une institution où siège l’un de ses propres représentants.

Un autre citoyen, âgé de 69 ans, affirme pour sa part que « seuls les fous et les imbéciles peuvent croire en Fanmi Lavalas », qu’il tient pour responsable d’une « dévastation du pays », estimant qu’Aristide n’a pas su « redresser la barque nationale » après les événements de 1986 qui avaient profondément divisé la société haïtienne.

Un discours populiste sur fond de crise réelle

Sur le fond, la note de Lavalas aborde des problèmes largement reconnus : montée de l’insécurité, aggravation de la pauvreté, absence d’échéances électorales et effritement des institutions publiques. Mais la force du message dépend étroitement de la crédibilité de celui qui le porte.

En ne mentionnant pas son propre rôle au sein de la transition, le parti s’expose à ce que sa prise de position soit perçue comme un exercice de communication plutôt que comme une proposition sincère pour une refondation nationale.
En cherchant à se repositionner comme une alternative crédible après plusieurs années de marginalisation, Fanmi Lavalas avance sur une ligne étroite : il lui est difficile de se présenter à la fois comme acteur et comme victime du système qu’il critique.

Entre rhétorique et responsabilité

Dans un pays éprouvé par des crises multiples, la cohérence entre les discours et les actes est devenue un critère incontournable. Si Fanmi Lavalas espère reconquérir une place centrale dans le débat public à l’approche de 2026, il devra répondre à cette interrogation majeure : comment incarner le changement tout en assumant la part de responsabilité liée à sa participation au pouvoir actuel ?

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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One comment

  • Esperence Didier

    Se kounyeya nou wè sa men lè nou te anraje poun’ te chanbade rejim Duvalier a nou pat wè sa non paske Ayisyen lèw tande yo lage de gidon nan yon bagay se lè yo wè fenl’ pou yo kitel’ , se menm jan lè yo tonbe nan kò yon moun toutotan yo pa wè bout li yo p’ap kitel’ . Ebyen apa Lavalas kòmanse sapata Peyi-a nan vye labou santi ak fatra epi PHTK menm fini. Men ki kote demokrasi santi saaa mete peyi-a !!!!!!!!! Anvan Bondye fè sa li gen poul’ fè-a li kite Ayisyen benyen nan pwòp salte yo. Demokrasi saa nou te swaf la apa kounyeya li fè moun pa respekte moun , apa l’ap fè moun di e fè sa yo vle, tout moun se chèf , jistis menm tounen magi tèlman li vann , jiskaske peyi-a lage kòrenam
    kòresatan nèt , menm sèvis ijyèn pa gen nan yon peyi , moun nan mèt ap vann tou sire kou peny ti dan nou kriye anyen sa.

    Monchè poutèt demokrasi santi sa nou te gen foli-a, nou te koute swadizan lougawou abiye an mouton an ak tout akwolit li yo ki te pran pòz vin’ delivre nou anba diktati tèlman nou t’ap pase mizè , jiskaske nou te mande rache manyòk bay tè-a , e mwen konnen demokrasi pa fèt pou yon seri nasyon pa egzanp nasyon Ayisyen. Ebyen jounen jodi-a, peche sa se pou nou pare pou nou peyel’ de jenerasyon an jenerasyon….