Haiti : L’Office des Postes relégué au second plan

Entre destructions, insécurité et concurrence privée, l’OPH peine à retrouver sa place

Port-au-Prince, 26 septembre 2025 —

Quinze ans après le séisme du 12 janvier 2010, l’Office des Postes d’Haïti (OPH), fondé en 1879, lutte encore pour exister. Déjà fragilisé par un manque chronique de moyens logistiques et financiers, le service postal national a été presque anéanti par la catastrophe, qui avait interrompu la distribution d’une grande partie du courrier international.

En avril 2010, une reprise partielle avait pourtant redonné espoir. Grâce à l’appui de l’Union postale universelle (UPU), Haïti avait pu rétablir les échanges postaux avec les États-Unis, le Canada et la France. « Ces pays sont de grandes puissances qui envoient beaucoup de courrier vers Haïti. Après le tremblement de terre du 12 janvier, il nous était impossible de gérer ce courrier », expliquait alors Joseph Pierrot Garraud, directeur technique adjoint de l’OPH.

Mais la tâche restait immense. Le Centre national de tri, le Bureau central de la Poste et le bâtiment de l’Express Mail Service (EMS) avaient été détruits, tout comme le bureau de poste de Jacmel. Autant d’infrastructures stratégiques réduites à néant, privant l’OPH de sa capacité de fonctionnement.

Un service affaibli par la violence et l’insécurité

Au fil des années, la situation n’a cessé de se détériorer. Selon AyiboPost, les recettes de l’institution ont chuté de 95 % en trois ans, passant de 25 millions à 1 million de gourdes par mois en 2021. Le nombre de colis et courriers distribués est passé de 3 000 à environ 1 500 par mois.
Cette chute a été aggravée par une décision américaine. Depuis novembre 2024, le service postal américain (USPS) a suspendu ses opérations avec Haïti, à la suite d’une interdiction de vols décidée par la Federal Aviation Administration (FAA) en raison de l’insécurité. La mesure restera en vigueur jusqu’en mars 2026.

En début d’année, le siège de l’OPH, situé rue Capois à Port-au-Prince, a été pillé et incendié par des gangs. L’institution a dû se replier dans les locaux de la SONAPI.

Une institution dépassée par la concurrence privée

Pour le directeur Alexandre, l’OPH devrait jouer un rôle de leader sur le marché postal, mais il est aujourd’hui devancé par les compagnies privées. Un décret de 1987 limite encore ses compétences : pas de transferts d’argent, pas de services financiers, pas de commerce en ligne. Autant de secteurs pourtant devenus incontournables.

« Nous aimerions avoir un véritable contrôle pour pouvoir devenir un organe régulateur du marché », plaide Alexandre. Mais faute de cadre légal clair, les entreprises privées ont pris la place laissée vacante.

Actuellement, l’OPH assure surtout la livraison de lettres physiques et continue d’acheminer quelques documents via l’EMS. Mais face à l’expansion des nouvelles technologies et à la montée des services privés, sa survie reste compromise.

Entre tradition et adaptation

Contrairement aux idées reçues, les technologies numériques ne condamnent pas forcément la Poste. Elles peuvent même représenter une opportunité. Les commandes en ligne nécessitent des services de livraison, et l’acheminement de fournitures médicales ou de marchandises demeure vital.

Dans plusieurs pays, les postes nationales se sont modernisées pour répondre aux besoins du commerce électronique. En Haïti, l’OPH peine à suivre ce mouvement. Entre destructions, insécurité et absence de régulation, l’institution se retrouve à l’écart, reléguée au second plan dans un secteur pourtant essentiel à la vie économique et sociale.

Wilda Dénestant
Vant Bèf Info (VBI)


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