Haïti : l’OCNH denonceun système d’identité qui marginalise les plus vulnérables

L’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH) tire la sonnette d’alarme sur la mise en œuvre du système d’identification basé sur le Numéro d’Identification Unique (NIU). Dans un rapport de 14 pages, publié le 19 janvier 2026, l’organisation estime que les conditions nécessaires à l’application de l’arrêté du 11 mars 2020 ne sont pas réunies sur une grande partie du territoire. En l’état, ce dispositif risque d’exclure des milliers de citoyens, notamment dans les zones rurales, et de créer des “citoyens fantômes” incapables d’obtenir une carte d’identité.

Delmas, le 19 janvier 2026.-

Le rapport souligne d’abord l’absence de structures sanitaires dans la majorité des 570 sections communales du pays. Or, l’arrêté suppose la présence d’hôpitaux ou de centres de santé capables de générer automatiquement le NIU dès la naissance. En réalité, de nombreux enfants naissent en dehors de tout encadrement médical, donc sans enregistrement immédiat. Dans les zones rurales, les accouchements sont majoritairement assurés par des matrones.

Si le décret prévoit leur implication dans la déclaration des naissances, aucune formation, rémunération ou outil de communication n’a été prévu pour les intégrer au système, les laissant largement déconnectées de l’administration centrale.

Le rapport evoque également la fragilité des bureaux de l’état civil. Faute de locaux fournis par le ministère de la Justice, de nombreux officiers conservent les registres originaux chez eux, exposant ces archives à des risques d’incendie, d’inondation ou de vol. Plusieurs bureaux fonctionnent dans des pièces exiguës de résidences privées, sans espace ni équipement pour l’enrôlement biométrique. L’absence de personnel de soutien dans les zones rurales accroît les erreurs et ouvre la porte à la corruption.

Au-delà des problèmes matériels, l’OCNH dénonce une contradiction entre l’état civil et l’Office National d’Identification (ONI). Dans de nombreux cas, les actes de naissance sont rejetés par l’ONI pour des raisons de forme, ce qui empêche l’obtention de la Carte d’Identification Nationale (CIN) et crée des “citoyens invisibles”. Le rapport conclut que le dispositif, tel qu’il est conçu, repose sur des présupposés institutionnels, technologiques et sécuritaires qui ne correspondent pas à la réalité du pays.

Pour éviter une exclusion administrative massive, l’OCNH recommande des mesures immédiates : suspendre toute sanction liée à la non-détention du NIU ou de la CIN et reconnaître la validité des actes de naissance délivrés par l’état civil. À moyen terme, l’organisation préconise une révision partielle du décret, l’introduction de dispositions transitoires, une différenciation territoriale des mécanismes d’enregistrement et la clarification des compétences entre l’état civil et l’ONI. À long terme, l’OCNH appelle à une réforme structurelle de l’état civil, avec la construction de bureaux standardisés, la numérisation sécurisée des registres, et le recrutement de clercs et de techniciens.

L’OCNH insiste enfin sur la nécessité d’un cadre de protection des données personnelles et d’un dialogue permanent avec la société civile, afin que la réforme de l’identité soit perçue comme un service public et non comme un outil de contrôle. L’organisation se dit prête à accompagner les autorités haïtiennes dans une réforme “constitutionnellement fondée, socialement inclusive et techniquement réalisable.

Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)


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