Haïti : le rappel de l’ambassadrice Myrtha Désulmé, un camouflet infligé à la souveraineté nationale
Alors qu’Haïti traverse une crise existentielle, sa diplomatie choisit l’abdication au lieu de l’affirmation. Le rappel brutal de Myrtha Désulmé, représentante d’Haïti à l’Organisation des États Américains, « sanctionnée » pour avoir défendu la voix du pays face au Secrétaire général de l’OEA, marque un tournant douloureux. Plus qu’un incident, c’est le symptôme d’une diplomatie fragile, livrée aux calculs de clans, et incapable de défendre la souveraineté nationale.

Une patriote sanctionnée pour avoir tenu tête
En rappelant à Albert Ramdin, Secrétaire général de l’OEA, que la feuille de route dite « dirigée par Haïti » avait été élaborée sans la moindre contribution haïtienne, Mme Désulmé n’a fait que remplir son mandat. Elle a dénoncé un document déséquilibré, allouant dix fois plus de fonds à l’humanitaire qu’à la sécurité, et rappelé que les solutions dites « haïtiennes » ne sauraient être imposées de l’extérieur.
Pour ce geste de loyauté, elle a été rappelée « pour consultation »…une formule diplomatique qui cache mal une éviction programmée. Derrière ce rappel, plusieurs sources révèlent une manœuvre où des forces en présence s’empressait de placer leur pion déjà prépositionné à Washington. Ce n’est donc pas l’OEA qui a puni Mme Désulmé, mais bel et bien son propre gouvernement, préférant céder aux pressions et aux arrangements internes.
Mme Désulmé a défendu le bicolore et revendiqué la souveraineté d’Haïti en déclarant au Secrétaire général que cette affaire des « Haitian-led solutions » qui sont des diktats de l’international déguisés n’était plus de mise.
Le boycott d’une voix libre
Au lieu de la soutenir, l’appareil diplomatique haïtien a orchestré contre elle une campagne de discrédit, relayant des rumeurs et des accusations. Dans un pays où la diplomatie devrait être un bouclier face aux diktats extérieurs, le rappel de Mme Désulmé traduit une inquiétante inversion des valeurs : on sanctionne ceux qui défendent la dignité nationale, et l’on récompense ceux qui la trahissent en se montrant dociles.
Ce choix est d’autant plus grave qu’Haïti ne peut se payer le luxe d’une diplomatie faible. Isolé, fragilisé, sous perfusion humanitaire, le pays a besoin de diplomates capables de négocier fermement, de rappeler les principes du droit international, et de porter haut la voix de la première République noire. Or, le cas Désulmé illustre une diplomatie de courtisans, où les postes stratégiques se distribuent selon les amitiés et non les compétences.
L’OEA, entre idéaux trahis et pratiques coloniales
L’affaire Désulmé ne peut se comprendre qu’à la lumière de l’histoire tumultueuse d’Haïti avec l’OEA comme l’a si bien rappelé Maguet Delva dans un article du LeNational. Depuis sa création en 1948 à Bogotá, l’organisation n’a cessé de se ranger du côté des puissants, couvrant en 1954 le coup d’État au Guatemala, ou se taisant en 1973 lors de l’assassinat d’Allende au Chili. Haïti, elle, a souvent servi de monnaie d’échange : en 1962, la voix de Duvalier contribua à l’exclusion de Cuba contre une promesse d’aide américaine qui ne vint jamais. Plus récemment, en 2010, l’OEA redessina les résultats du premier tour présidentiel, ouvrant la voie à l’élection de Michel Martelly.
Dans cette continuité, la feuille de route imposée en 2025 n’est qu’un épisode supplémentaire de ce long mépris. Mme Désulmé a osé dire que ce comportement relevait d’une logique coloniale et pour cela, elle a été punie.
Vant Bef Info (VBI)
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