Haïti : le difficile retour à la normalité dans les zones contrôlées par les gangs
Plus de 80 % de Port-au-Prince restent sous le contrôle de groupes armés, tandis que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé promet de rétablir l’ordre et la sécurité dans les quartiers abandonnés par l’État. Sur le terrain, la peur persiste. Entre promesses politiques, déplacements massifs et hausse du coût de la vie, la population attend des mesures concrètes. Pour beaucoup, le retour à une vie normale reste un espoir lointain.

Port-au-Prince, lundi 3 novembre 2025. Depuis 2021, Haïti est marqué par des affrontements entre gangs lourdement armés, souvent mieux équipés que la police nationale. Selon un rapport de l’ONU publié en septembre 2025, environ 200 groupes armés contrôlent plus de 80 % de la capitale. Ces bandes imposent leur loi, pratiquent le racket et bloquent les principales voies d’accès, notamment à Martissant, Croix-des-Bouquets et Cité Soleil.
Cette situation a provoqué le déplacement de plus de 360 000 personnes, selon OCHA en octobre 2025. Beaucoup ont trouvé refuge dans des bâtiments publics, des écoles ou dans des zones encore relativement sécurisées comme Pétion-Ville et Haut-Delmas.
Face à cette crise, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présenté un « plan de reconquête nationale », visant à rétablir la présence de l’État dans les zones de non-droit. L’objectif est de permettre aux déplacés de regagner leurs foyers et de relancer les services publics paralysés.
Pourtant, sur le terrain, les résultats se font attendre. Un habitant de Carrefour-Feuilles confie :
« Nous avons entendu ces promesses plusieurs fois. Tant que les armes parlent, personne n’osera y retourner. »
Même au cœur du pouvoir, la peur demeure. Le dernier conseil des ministres, tenu au Palais national, a été interrompu après des tirs nourris, qui ont endommagé deux véhicules blindés. Depuis, les réunions se tiennent dans des lieux jugés plus sûrs, signe de la fragilité persistante de la situation. Cette insécurité chronique provoque un déséquilibre démographique et économique.
La migration interne vers les quartiers encore épargnés, comme Pétion-Ville, a entraîné une flambée des loyers pouvant atteindre 200 % en un an, selon le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Les routes barrées, les barricades improvisées et la méfiance constante traduisent la fracture profonde entre zones « sécurisées » et zones abandonnées à la violence.
Le gouvernement mise sur l’arrivée prochaine d’une mission internationale, promise par les États-Unis et validée par le Conseil de sécurité de l’ONU, pour inverser la tendance. Mais des experts soulignent que, sans réforme de la police, lutte contre la corruption et relance économique, le retour à la normalité risque de rester un slogan.
Haïti se trouve à la croisée des chemins entre redressement et prolongation de la crise. Les Haïtiens s’interrogent sur le temps nécessaire avant de pouvoir vivre dans la sécurité et la dignité, et sur la capacité du pays à retrouver une normalité par ses propres moyens plutôt que par une intervention étrangère.
Par Espérancia JEANNOT
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