Haïti : le cyclone Mélissa met en lumière les limites de l’État et de la gestion politique

Alors que le pays célèbre traditionnellement la Fête des Guédés, la région sud d’Haïti fait face au silence de l’effroi après le passage du cyclone Mélissa. Le bilan provisoire fait état de dizaines de morts et de milliers de sinistrés, principalement dans les départements du Sud et du Sud-Est. Ces chiffres illustrent une réalité plus inquiétante : l’État peine à assurer une réponse efficace face à l’urgence.

Une préparation insuffisante face à la catastrophe

L’ONU a rappelé la nécessité d’une action anticipatoire pour limiter les pertes humaines et matérielles. Sur le terrain, cependant, la réponse reste limitée. Les familles déplacées se réfugient dans des abris précaires, les routes sont coupées, et l’aide humanitaire dépend largement des initiatives communautaires et des organisations internationales. Les communiqués du gouvernement, datés du 28 et 29 octobre, appelant à la « solidarité totale », n’ont pas été suivis d’une intervention étatique rapide et coordonnée. L’échec, selon les experts, n’est pas uniquement météorologique : il révèle des failles structurelles et organisationnelles.

Un calendrier politique jugé inadapté

Alors que les populations sinistrées luttent pour leur survie, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le Premier Ministre ont lancé un Programme de Renforcement des Capacités des Partis Politiques. Cette initiative intervient alors que la tenue d’élections, désormais envisagée en 2026, reste incertaine dans plusieurs régions en proie à l’insécurité et au contrôle de groupes armés. Selon un récent rapport, l’organisation de scrutins libres dans ces zones est hautement hypothétique, ce qui met en question les priorités actuelles de la transition.

Les institutions face à leurs limites

La catastrophe expose une réalité persistante : l’État peine à assurer la sécurité et l’accès aux services essentiels. La police nationale (PNH) a mené des opérations ponctuelles contre les groupes armés, mais cela ne compense pas l’absence d’une présence institutionnelle stable. La population ressent un vide institutionnel, accentué par l’insécurité chronique et le manque de coordination des services publics.

Reconstruction et confiance citoyenne

La question essentielle dépasse le calendrier électoral : elle concerne la capacité de l’État haïtien à reconstruire la confiance avec la population et à protéger ses citoyens face aux catastrophes naturelles.

Le cyclone Mélissa constitue un test sévère pour les autorités de transition. Tant que l’État ne pourra pas assurer la sécurité et les besoins fondamentaux, le débat sur la légitimité politique et l’organisation des élections restera secondaire pour les milliers de sinistrés.

Sarah-Lys JULES


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