Haïti : la sécurité ne peut se déléguer, elle doit se construire
Par Wandy CHARLES
Le Conseil de sécurité de l’ONU examine la création d’une nouvelle force multinationale de suppression des gangs, forte de 5 500 hommes, avec un mandat renforcé. Sur le papier, l’idée semble séduisante : plus de troupes, plus de moyens, plus de fermeté face à une menace qui étouffe Port-au-Prince et ses environs. Mais derrière cette proposition, une question demeure lancinante : à quand une véritable politique nationale de sécurité assumée par Haïti elle-même ?

Depuis trois décennies, les missions internationales, aux résultats limités, se succèdent sur le sol haïtien : Casques bleus de la MINUSTAH, force de police onusienne, et plus récemment Mission multinationale d’appui à la sécurité. Leurs résultats restent dérisoires. Sous-effectifs, manque de financement, absence de coordination avec les autorités locales : les gangs ont toujours repris du terrain une fois les troupes étrangères reparties. La vérité est implacable : aucune force internationale ne peut durablement remplacer un État dans l’exercice de sa souveraineté sécuritaire.
Le projet d’une force de 5 500 hommes coûtera des centaines de millions de dollars. Pourquoi ne pas investir une partie de ces ressources dans la Police nationale d’Haïti (PNH) ? l’argent pourrait servir à la professionnaliser, par une formation rigoureuse et continue, adaptée aux réalités urbaines et rurales ; l’équiper correctement, en armes modernes, véhicules blindés, moyens de communication sécurisés ; l’écurer de ses éléments corrompus, pour redonner confiance à la population et couper les liens douteux avec les réseaux criminels ; et enfin, la moderniser, en développant une police scientifique, une brigade de cybercriminalité, et des unités de renseignement capables d’anticiper plutôt que de subir.
Une police nationale renforcée, digne de ce nom, ne serait pas seulement un instrument d’ordre, mais une garantie de souveraineté.
La sécurité est d’abord une affaire nationale. Tant que Haïti dépendra de troupes étrangères pour protéger ses citoyens, elle demeurera prisonnière d’un cycle humiliant d’assistances temporaires et de retours à l’anarchie. Les solutions durables passent par un État régalien fort, une justice fonctionnelle et une police capable d’assurer l’ordre au quotidien.
Accepter l’aide internationale peut être un mal nécessaire dans l’immédiat. Mais investir massivement dans la PNH est une urgence nationale. Les autorités actuelles, avec l’appui de ses partenaires, devraient exiger que toute mission internationale s’accompagne d’un plan clair de transfert de compétences et de renforcement institutionnel.
Sinon, dans quelques années, Haïti en sera au même point : un pays où l’on dépêche encore une nouvelle force étrangère pour colmater les brèches, sans jamais bâtir les fondations d’une sécurité nationale.
Vant Bef Info (VBI)
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