Haïti – Gouvernance : paralysie du CPT, tensions internes et crise aggravée
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) traverse une paralysie profonde, sur fond de rivalités internes et de blocages financiers, tandis que le pays fait face à une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent. Entre fonds de sécurité non décaissés, retards dans l’aide post-Melissa et luttes de pouvoir, l’État peine à répondre aux besoins urgents de la population.

Port-au-Prince, 26 novembre 2025 — Malgré la montée de la violence armée, une partie des ressources destinées au « budget de guerre » reste inutilisée. Sur les 323,4 milliards de gourdes alloués, dont 37 % pour la sécurité, des montants importants demeurent non déployés. Selon des sources concordantes, entre 26 et 29 millions de dollars destinés à la Police nationale d’Haïti (PNH) n’auraient jamais été mobilisés pour des opérations, équipements ou actions de renseignement, alors que de nombreux quartiers sont sous l’emprise de groupes armés.
Dans un rapport publié en octobre 2025, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) dénonce un manque de transparence dans la gestion de ces fonds. L’organisme demande que l’ensemble des ressources dédiées à l’intelligence soit mis à la disposition des forces de l’ordre, tout en soulignant l’opacité qui entoure les décisions du CPT.
Parallèlement, l’aide humanitaire promise après le passage de la tempête Melissa tarde à être distribuée. Alors que les États-Unis ont annoncé un appui d’environ 8,5 millions de dollars pour les zones sinistrées, des milliers de familles déplacées dans le Sud et la Grand’Anse vivent encore sous des tentes, en situation de grande vulnérabilité. Sur le terrain, plusieurs ONG assurent seules l’essentiel des services d’urgence : eau, nourriture, soins et abris.
Les critiques se renforcent également autour de l’utilisation des ressources publiques. Des dépenses importantes auraient été engagées ces dernières semaines pour financer des déplacements de membres du CPT, notamment ceux du coordonnateur Laurent Saint-Cyr, alors que l’aide aux sinistrés marque le pas. Le RNDDH révèle par ailleurs que chaque conseiller présidentiel bénéficierait d’une dotation mensuelle de 4 millions de gourdes liée aux fonds d’intelligence, sans mécanisme clair de reddition de comptes.
Cette crise de gouvernance s’accompagne d’un bras de fer interne entre certains membres du CPT et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Au cœur du conflit : l’article 28.1 du décret régissant le CPT, qui stipule qu’en cas d’empêchement du Conseil, le pouvoir exécutif revient provisoirement au Conseil des ministres, dirigé par le Premier ministre. À l’approche du 7 février 2026, date prévue pour la fin de la transition, cette disposition ravive les tensions et alimente les rivalités.
Alors que la crise sécuritaire et humanitaire s’intensifie, l’impasse politique au sommet de l’État accentue les inquiétudes. Divisé et peu transparent, le CPT peine à mobiliser des fonds essentiels et à offrir des réponses concrètes, laissant la population confrontée à une insécurité croissante et à une absence d’orientation claire.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)
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