Haïti/Diplomatie/Sécurité : vers une force internationale élargie, Washington pousse l’ONU à montrer ses muscles

Face à l’escalade de la violence en Haïti, les États-Unis et le Panama proposent au Conseil de sécurité de l’ONU de transformer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, en une « Force de suppression des gangs » de 5 550 membres. A travers ce plan on prévoit de freiner l’expansion des groupes armés et rétablir un minimum de sécurité dans un pays plongé depuis plusieurs années dans le chaos.

Washington, le 4 septembre 2025- Depuis près d’un an, les gangs ont consolidé leur contrôle sur environ 90 % de Port-au-Prince, étendant leurs activités criminelles aux pillages, enlèvements et agressions sexuelles, y compris dans les zones rurales. Privé de président depuis quatre ans, Haïti traverse une crise sécuritaire et institutionnelle sans précédent. Le Conseil présidentiel de transition (CPT), créé en 2024, peine à atteindre ses objectifs, à seulement cinq mois de la fin de son mandat.

Le projet de résolution, de six pages, soumis le 28 août 2025, prévoit que la future force puisse agir de manière autonome, indépendamment de la Police nationale d’Haïti (PNH). Selon le texte, elle serait composée de 5 500 agents en uniforme et de 50 civils, financés par des contributions volontaires, tandis que le soutien logistique et opérationnel serait assuré par le Bureau d’appui de l’ONU en Haïti, financé par les cotisations obligatoires.

Contrairement à la MMAS actuelle, dont les interventions sont limitées et dépendantes de la PNH, la nouvelle force serait autorisée à mener des opérations ciblées, appuyées par le renseignement, pour neutraliser et isoler les gangs. L’Ambassadrice américaine à l’ONU, Dorothy Shea, a précisé que la mission devra aussi s’attaquer aux réseaux de financement criminel et au trafic d’armes. Elle a salué l’engagement du Kenya et des pays contributeurs dont la Jamaïque, le Guatemala, le Salvador et les Bahamas, tout en appelant à une mobilisation plus large de la communauté internationale.

Le projet inclut également la création d’un Groupe permanent de partenaires réunissant le Canada, le Salvador, la Jamaïque, le Kenya, les Bahamas, le Guatemala et les États-Unis. Cette structure serait chargée de la coordination stratégique et du suivi politique du Bureau d’appui onusien en Haïti.

Malgré ses ambitions, le projet suscite des interrogations. Le texte présente plusieurs lacunes notamment une faible coordination avec les autorités haïtiennes, absence de sanctions contre les acteurs politiques ou économiques liés aux gangs, et incertitude sur le financement et la durée réelle de la mission. « Où sont les sanctions ? Où est la prise en compte du crime organisé et de l’économie politique de la violence ? », peut-on s’interrogé.

Si elle est adoptée, la force disposerait d’un mandat initial de 12 mois, avec pour priorités la stabilisation de Port-au-Prince, la sécurisation des quartiers dominés par les gangs et la création d’un environnement propice à une reconstruction sécuritaire et institutionnelle durable. Déployée en juin 2024, la MMAS devait compter 2 500 soldats, mais faute de financement, ses effectifs sont aujourd’hui inférieurs à 1 000.

Alors que l’ONU est appelée à muscler son intervention, une question demeure, cette force internationale élargie pourra-t-elle réellement inverser la dynamique de violence et restaurer l’autorité de l’État haïtien, ou se heurtera-t-elle aux mêmes obstacles qui ont paralysé les missions précédentes ?

Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.