Gouverner sans autorité : un défi politique à relever

Depuis plusieurs années, le lien entre le pouvoir et la population haïtienne s’est profondément détérioré, rongé par une méfiance croissante. Gouverner, autrefois acte d’autorité et de légitimité, est devenu un exercice fragile et précaire. Entre les exactions des gangs, la corruption persistante et l’apathie citoyenne, les gouvernements successifs peinent à affirmer leur autorité.

Port-au-Prince, le 9 novembre 2025

Des scandales à répétition

Les scandales politiques et administratifs ont alimenté cette défiance au fil des ans. En 2018, le rapport explosif de la Cour Supérieure des Comptes sur le détournement des fonds PetroCaribe a bouleversé la perception populaire des institutions publiques. Ce n’était pourtant pas une première : dès 2007, un rapport de la Banque mondiale classait déjà plusieurs institutions, dont l’Administration générale des douanes (AGD), la Direction générale des impôts (DGI) et même la Police nationale d’Haïti (PNH), parmi les plus corrompues du pays.

Plus récemment, l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) a mis au jour de nouvelles dérives. Trois conseillers présidentiels Louis Gérald Gilles, Smith Augustin et Emmanuel Vertilaire ont été accusés d’avoir exigé 100 millions de gourdes à l’ex-directeur de la Banque nationale de crédit (BNC), Raoul Pascal Pierre-Louis, pour conserver son poste (Ayibopost, octobre 2024). Ces affaires, loin d’être isolées, ont accentué la perte de confiance envers l’État.

Un vide politique persistant

Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021, aucune élection n’a été organisée. Cette absence de processus électoral fragilise davantage la légitimité des dirigeants, souvent perçus comme illégitimes (USIP, 2024). À cela s’ajoutent la mainmise des gangs sur une grande partie du territoire, notamment dans la capitale, la faiblesse du système judiciaire, le clientélisme et les divisions répétées au sein de la classe politique autant de facteurs qui nourrissent l’image d’un État fantôme.

Une population désabusée

Face à ces dérives, la population semble avoir tourné le dos à la vie politique. Selon Le Nouvelliste, citant un rapport de Policité (2024), 93 % des Haïtiens déclarent ne pas faire confiance au système électoral. Beaucoup préfèrent désormais se concentrer sur leur survie quotidienne, fuir le pays ou se résigner à l’informalité, dans un climat où « la loi du plus fort » semble régner.

Une souveraineté en recul

Sur le plan international, la souveraineté haïtienne s’efface progressivement, compromettant les perspectives de développement et de stabilité (Council on Foreign Relations, 2025). Cette perte d’influence diplomatique accentue la dépendance du pays vis-à-vis des acteurs étrangers.

Reconstruire l’autorité de l’État

Restaurer l’autorité publique passe par un effort concerté pour rebâtir la confiance entre gouvernants et gouvernés. Transparence, inclusion et légitimité doivent redevenir les piliers de l’action publique. Cela suppose une réponse ferme à la crise sécuritaire, l’organisation d’élections crédibles, la réforme du système judiciaire et la mise en œuvre de politiques publiques équitables et durables.

Sarah Germain
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.