Fin du CPT, continuité du pouvoir : Haïti face à une transition avortée
Le 7 février 2026 n’a pas ouvert une nouvelle page de l’histoire politique haïtienne. Il a plutôt confirmé un malaise profond : celui d’un pays enfermé dans une transition sans fin. À cette date, le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), mis en place en avril 2024 pour restaurer l’ordre constitutionnel, organiser des élections et sortir Haïti de l’impasse institutionnelle, a officiellement pris fin. Mais la fin du CPT n’a pas marqué la fin de la transition. Elle en a révélé l’échec.

Port-au-Prince, 10 février 2026. Deux ans après son installation, le CPT quitte la scène sans héritage politique tangible : aucune élection organisée, aucun Parlement rétabli, aucune légitimité populaire reconstruite. Dans ce vide institutionnel, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé demeure, de facto, le principal détenteur du pouvoir exécutif.
Un départ sans transition réelle
Dissensions internes, soupçons de corruption, paralysie décisionnelle et aggravation continue de l’insécurité : le bilan du CPT est lourd mais vide.
Conçu comme un organe collégial capable de fédérer les forces politiques et sociales autour d’un minimum de consensus, le Conseil s’est progressivement enlisé dans des querelles de leadership et des calculs de survie politique.
Trois jours après la fin officielle de son mandat, l’État continue de fonctionner sous l’autorité du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé.
À Port-au-Prince, le calme apparent contraste avec une profonde incertitude politique, alimentée par l’absence de cadre constitutionnel clair et par la crainte d’un pouvoir sans contre-poids institutionnel.
Les partenaires internationaux : États-Unis, France, Nations unies, Organisation des États américains, ont acté cette continuité comme un « moindre mal », tout en reconnaissant implicitement les limites du processus. La stabilité administrative est préservée, mais la question de la légitimité démocratique demeure entière.
Les dernières heures du CPT : des options vite enterrées
À l’approche de l’échéance du 7 février, plusieurs scénarios avaient été évoqués au sein du CPT et dans les cercles politiques haïtiens. Aucun n’a survécu à l’épreuve des rapports de force.
Certains conseillers ont plaidé pour une prolongation exceptionnelle du mandat ou une recomposition de l’organe, estimant que le contexte sécuritaire ne permettait pas une sortie ordonnée de la transition.
Cette option a été rapidement écartée. L’absence de consensus interne et la pression internationale pour respecter strictement le calendrier politique fixé le 3 avril 2024 ont rendu toute prolongation politiquement intenable.
Une alternative institutionnelle
Des propositions issues de la société civile et de certains partis suggéraient de confier provisoirement l’exécutif à un juge de la Cour de cassation ou à une structure collégiale indépendante, afin d’éviter la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul homme.
Faute d’accord politique, cette piste est restée théorique. Les divisions au sein du CPT, l’absence de figure consensuelle et l’urgence sécuritaire ont conduit à privilégier la continuité plutôt qu’une refondation institutionnelle risquée.
Fin janvier, une majorité de 5 membres (sur les 7 ayant droitdevote) du CPT a adopté une résolution visant à limoger Alix Didier Fils-Aimé, lui reprochant une gestion jugée inefficace face à l’insécurité généralisée et au chaos institutionnel.
Mais la résolution n’a jamais été publiée au Journal officiel. Le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, a refusé de la signer, bloquant ainsi son entrée en vigueur. Sous la pression de partenaires internationaux, inquiets d’une déstabilisation supplémentaire, l’initiative s’est éteinte sans effet.
Une transition sans horizon démocratique
La Constitution haïtienne prévoit l’organisation régulière d’élections générales. Or, aucun scrutin national n’a été tenu depuis 2016.
La fin du CPT laisse donc le pays dans une situation paradoxale : un exécutif opérationnel, mais sans ancrage populaire, et un dialogue national fragmenté, dont la relance s’annonce lente et incertaine.
Les organisations de la société civile dénoncent un processus politique déconnecté des priorités de la population : sécurité, retour de l’autorité de l’État, accès aux services publics et respect de l’ordre constitutionnel.
Pour beaucoup, la transition a davantage servi à gérer l’urgence qu’à préparer l’avenir.
Une crise prolongée
La disparition du Conseil présidentiel de transition ne clôt pas la crise haïtienne. Elle en prolonge les effets. Les propositions avancées dans les dernières heures du CPT ont été neutralisées par les rivalités internes, les pressions externes et l’incapacité des acteurs politiques à construire un consensus minimal.
Le maintien de facto d’Alix Didier Fils-Aimé au sommet de l’exécutif illustre cette transition inachevée, où la stabilité administrative supplante la légitimité démocratique.
Pour Haïti, la route vers des élections crédibles en vue d’un véritable retour à l’ordre constitutionnel reste longue, incertaine et semée d’obstacles.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
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