Fin d’année en Haïti : la diaspora renonce au retour traditionnel

Autrefois symbole de retrouvailles familiales et de dynamisme économique, le retour massif de la diaspora haïtienne en fin d’année s’est presque totalement éteint, étouffé par l’insécurité généralisée qui frappe le pays.

Port-au-Prince, 29 décembre 2025.—Depuis que l’insécurité s’est installée durablement en Haïti, de nombreuses traditions s’effacent, sombrant dans l’oubli ou l’indifférence. Parmi elles figure la rentrée massive de la diaspora haïtienne, qui, à chaque fin d’année, revenait en grand nombre au pays pour retrouver parents et proches restés sur place.

Aujourd’hui, cette tradition n’est plus que l’ombre d’elle-même, pour ne pas dire inexistante. La majorité des membres de la diaspora hésitent, voire refusent catégoriquement, de remettre les pieds sur le sol haïtien. La raison est évidente : la peur. Peur d’être kidnappés, agressés, voire tués, dans un climat d’insécurité où les gangs armés imposent leur loi.

À cette crainte s’ajoute une réalité encore plus douloureuse pour certains : la destruction de leurs biens. Plusieurs membres de la diaspora ont appris, parfois à distance, que leurs maisons ont été incendiées ou occupées par des groupes armés, réduisant à néant des années de sacrifices.

Installé aux États-Unis depuis une trentaine d’années, Gérôme confie avec amertume son incapacité à rentrer au pays. « Se premye fwa m ap viv yon bagay konsa, pou m pa ka rantre lakay mwen depi kat lane », déplore-t-il. Un sentiment largement partagé par d’autres membres de la diaspora interrogés, rongés par la nostalgie et l’impuissance face à la situation.

Autrefois, la rentrée massive de la diaspora représentait un double avantage pour Haïti : elle favorisait les retrouvailles familiales tout en stimulant l’économie nationale grâce à une forte circulation de devises. Aujourd’hui, cet espoir semble presque irréalisable. Sans les rares vols desservant certains départements du pays et sans les moyens offerts par la technologie pour maintenir un lien à distance, la situation serait encore plus dramatique.

En cette fin d’année, l’absence de la diaspora rappelle, une fois de plus, l’ampleur de la crise sécuritaire et son impact profond sur la vie sociale, économique et affective de la nation haïtienne.

Sarah Germain
Vant Bèf Info


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