Fêtes de fin d’année en Haïti : la tradition s’efface face à la crise

Les fêtes de fin d’année, autrefois synonymes de fraternité et de convivialité en Haïti, ont depuis longtemps perdu de leur éclat. Selon Martha, originaire des Cayes, les frais de déplacement et les risques liés aux trajets maritimes ou terrestres l’empêchent désormais de célébrer les fêtes comme à l’accoutumée.

Autrefois, cette période était marquée par des rassemblements riches et colorés, qui se perpétuaient au travers des traditions. Aujourd’hui, la méfiance et la peur, héritées des dix dernières années de crises socio-économiques, politiques et sécuritaires, ont pris toute la place. La capitale haïtienne ne survit que dans l’instant.

Pour Marise, contemporaine de Lyonel Benjamin, la situation ne s’était jamais autant détériorée. « Je n’avais jamais vécu une telle déshumanisation. Rien dans l’histoire de notre pays ne laissait présager une descente aux enfers aussi rapide, » confie-t-elle, rappelant que la population se retrouve désormais livrée à elle-même, avec des chefs de gangs dictant leur conduite à tout un peuple.

Laissées de côté, voire abandonnées, les fêtes traditionnelles se parent aujourd’hui d’un costume de tristesse et de désespoir. Chaque année, la situation se dégrade un peu plus, érodant l’esprit festif qui animait autrefois le pays.

« Chak ane nou di ane sa pi mal, epoutan lòt la ap pi mal toujou », déplore une mère de famille.

Au-delà des déplacements internes restreints, les rapports du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) couvrant la période de janvier à octobre 2025 révèlent l’ampleur de la crise. La famine a touché 1,64 million de personnes, le taux de chômage dépasse 50 % et plus de 1,3 million de personnes se sont déplacées à travers le pays, accentuant les inégalités sociales et fragmentant une société déjà profondément divisée.

Autrefois symbole de fraternité et de rapprochement social, Noël ne parvient plus à remplir ce rôle. Les violences armées, qui gangrènent surtout la capitale, ont définitivement effrité les mœurs et coutumes qui entretenaient l’héritage culturel haïtien, laissant derrière elles une nostalgie empreinte d’amertume.

Wilda DÉNESTANT
Vant Bèf Info (VBI)


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