Entre discours et pouvoir : les ambiguïtés de Fanmi Lavalas face à la crise sécuritaire
Quelques jours de la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), le parti Fanmi Lavalas a publié le jeudi 22 janvier, une note dans laquelle il appelle à la vérité, à la sécurité et au rétablissement de la confiance nationale. Si le propos se veut rassembleur, il soulève néanmoins de profondes interrogations quant à la responsabilité politique réelle du parti et à la cohérence de sa posture.

Port-au-Prince, le 23 janvier 2026. Dans son document, Fanmi Lavalas affirme avoir fait preuve de patience et de sens de responsabilité depuis la mise en place des autorités de transition, tout en se présentant comme un simple accompagnateur du processus au nom de l’intérêt populaire.
Une position qui entre en contradiction avec la réalité institutionnelle : le parti est représenté au sein du CPT et son délégué en a même assuré la coordination. Dès lors, Fanmi Lavalas ne peut raisonnablement se retrancher derrière un rôle d’observateur, étant un acteur central du pouvoir de transition.
Le parti reconnaît l’ampleur de la crise sécuritaire qui continue de ravager le pays, mais se limite à des constats largement partagés par la population, sans établir de lien clair entre cette situation et les responsabilités politiques qui découlent de sa participation à la gouvernance.
L’appel à ne pas instrumentaliser les drames nationaux paraît d’autant plus fragile que l’inaction prolongée et l’absence de résultats concrets alimentent un sentiment croissant de désillusion collective.
Fanmi Lavalas exhorte par ailleurs les forces de l’ordre à rétablir la libre circulation, à rouvrir les axes routiers bloqués et à faciliter le retour des déplacés internes.
Si ces revendications sont légitimes, elles apparaissent tardives et insuffisantes lorsqu’elles émanent d’un parti directement impliqué dans la conduite de l’État.
La lutte contre les gangs armés et les réseaux criminels ne saurait se réduire à des appels de principe : elle exige des décisions fermes, une stratégie opérationnelle claire et une volonté politique assumée.
Le plaidoyer en faveur de la relance des activités économiques et sociales met également en évidence un décalage persistant entre le discours officiel et la réalité du terrain.
Les marchés demeurent paralysés, les zones commerciales largement désertées et des milliers de citoyens continuent de vivre en situation de déplacement forcé, sans perspectives immédiates de retour dans leurs quartiers.
En réaffirmant une « confiance conditionnelle » dans le CPT, Fanmi Lavalas tente de maintenir une distance politique qui peine à convaincre.
Cette confiance conditionnelle aurait dû, depuis plusieurs mois, se traduire par des actions mesurables, une gouvernance plus rigoureuse et des avancées tangibles en matière de sécurité, d’autant plus que le parti a occupé une position déterminante dans la direction du Conseil.
L’appel final à l’unité nationale et à la mobilisation collective résonne comme une formule convenue, dans un contexte où la population attend avant tout des actes, des résultats et une véritable reddition de comptes.
En période de transition, la crédibilité politique ne se construit ni par des communiqués ni par des déclarations d’intention, mais par la capacité à assumer pleinement ses responsabilités et à répondre concrètement aux urgences du pays.
À défaut de cette cohérence entre le discours et l’action, les appels à la vérité, à la sécurité et à la dignité nationale risquent de demeurer, une fois encore, lettre morte.
Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
