Élections en Haïti : retour à la normalité ou simple illusion ?
Les élections présidentielles haïtiennes sont désormais fixées au 15 novembre 2025. Un scrutin plusieurs fois reporté depuis sa date initiale du 7 novembre 2021, repoussée successivement au 21 novembre 2021, au 23 janvier 2022, puis au 26 septembre 2025. L’objectif affiché reste inchangé : élire un président pour un mandat de cinq ans.

Port-au-Prince, 22 septembre 2025
Une réforme institutionnelle inachevée
La réforme constitutionnelle, annoncée mais toujours au point mort, illustre les blocages politiques persistants. L’adoption du nouveau Code pénal, le 25 juin 2025, marque une avancée en modernisant un texte datant de 1835. Mais sa mise en œuvre demeure fragile, faute d’appropriation par les magistrats et la société civile.
Un climat sécuritaire hors de contrôle
En février 2025, l’International Crisis Group jugeait « irréaliste » la tenue d’élections crédibles cette année. Plus de 80 % de Port-au-Prince et une grande partie de l’Artibonite sont toujours dominés par des groupes armés, réduisant l’autorité de l’État à néant.
La crise humanitaire amplifie ce tableau. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1,3 million d’Haïtiens sont aujourd’hui déplacés à l’intérieur du pays, soit une hausse de 24 % depuis décembre 2024. Une situation qui pose une question essentielle : comment garantir la participation de ces déplacés aux urnes ?
Des scrutins pour qui ?
Si les élections sont censées incarner la souveraineté populaire, en Haïti une large partie de la population vit dans la peur, déplacée ou privée de ressources. Certes, certains quartiers connaissent un calme précaire, mais ce répit ne saurait masquer les fractures profondes qui traversent le pays.
Entre espoir et scepticisme
À l’approche du 15 novembre, la classe politique se divise. Les uns voient dans les élections un passage obligé pour restaurer la légitimité institutionnelle. Les autres estiment qu’un scrutin organisé dans ces conditions ne ferait qu’entériner l’exclusion et l’impuissance de l’État. La communauté internationale, de son côté, continue de pousser en faveur d’élections rapides, tout en reconnaissant l’ampleur des obstacles.
Une normalité en trompe-l’œil ?
Un constat s’impose : le chemin électoral reste incontournable, mais il suppose d’abord de rétablir un minimum de sécurité, de confiance et de cohésion sociale. Faute de quoi, le scrutin du 15 novembre pourrait davantage nourrir l’illusion de stabilité qu’un véritable retour à la normalité.
Espérancia JEANNOT
Vant Bèf Info(VBI)
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