Égouts à ciel ouvert : un danger persistant pour la circulation et la sécurité en Haïti
À Delmas 95, un égout dépourvu de son couvercle continue de représenter un danger pour les usagers de la route. Début octobre, une camionnette s’est retrouvée immobilisée lorsqu’un de ses pneus avant s’est encastré dans l’ouverture. Les passagers ont dû descendre, et ce n’est qu’avec l’aide de plusieurs riverains que le véhicule a pu être dégagé, mettant fin à un embouteillage qui paralysait la circulation.

Cet incident met en lumière les lacunes en matière d’infrastructures routières en Haïti. Malgré l’importance cruciale de ce secteur pour le développement durable, les investissements publics dans les routes et les systèmes d’assainissement demeurent insuffisants.
En 2017, un rapport de la Banque mondiale soulignait déjà la nécessité pour les pays d’Amérique latine et des Caraïbes d’augmenter leurs dépenses en infrastructures. Selon ce rapport, ces régions consacrent en moyenne 3 % de leur PIB à ce secteur, contre 7,7 % pour l’Asie de l’Est et le Pacifique. Le document soulignait également que le mauvais état des routes freine la croissance économique et aggrave les inégalités.
Haïti, bien qu’engagé à respecter les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU, peine à remplir ses engagements, notamment en ce qui concerne la mise en place d’infrastructures résilientes et l’amélioration des services de base. Les routes délabrées, les égouts non couverts et l’absence d’entretien régulier exposent quotidiennement la population à des risques d’accidents et de maladies.
La situation est particulièrement critique dans la commune de Cité Soleil, où l’absence de gestion des déchets et le manque d’assainissement adéquat constituent une menace pour les droits fondamentaux des habitants. Dans un communiqué publié en 2022, les rapporteurs spéciaux des Nations Unies Marcos Orellana et Pedro Arrojo-Agudo ont alerté sur « une grave insécurité environnementale » affectant les quelque 400 000 résidents de la zone. Ces derniers vivent au milieu de montagnes de déchets et d’égouts obstrués, ce qui compromet leur santé, leur sécurité et leur droit à un environnement sain.
Un autre facteur aggrave la situation : le commerce informel de métaux, intensifié depuis le séisme de 2010. Selon plusieurs revendeurs, les couvercles d’égout et autres pièces métalliques d’infrastructure sont souvent volés puis exportés. Ce phénomène, combiné à l’inaction des autorités, compromet davantage la sécurité publique.
Face à ces constats, des mesures urgentes sont nécessaires. Une politique nationale cohérente en matière d’infrastructures, intégrant à la fois l’entretien, la sécurité et la participation communautaire, apparaît essentielle pour garantir le droit à la mobilité, à la sécurité et à un environnement sain.
Par Wilda Dénestant
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