Éducation : Nesmy Manigat dénonce un système scolaire fragilisé par l’instabilité politique

L’ancien ministre de l’Éducation nationale, Nesmy Manigat, a dressé un diagnostic sévère du système éducatif haïtien, qu’il estime profondément affaibli par la politisation et le manque de continuité de l’État. Lors d’une interview accordée ce lundi 16 février 2025 à Radio Magik9, il a livré un bilan critique des quatre dernières décennies.

Port-au-Prince, le 16 février 2026. —Selon l’ex-titulaire du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, l’école haïtienne progresse puis régresse au rythme des crises politiques. Chaque transition de pouvoir interrompt les réformes engagées, empêchant toute transformation durable. Il dénonce également l’ingérence directe d’acteurs politiques dans les lycées publics, avec l’imposition de personnels non qualifiés, davantage motivés par la perception d’un salaire que par l’enseignement — une pratique qu’il assimile à une forme de rançonnement institutionnalisé.

Revenant sur les grandes étapes de l’histoire éducative récente, Nesmy Manigat cite la Réforme Bernard de 1982 comme un moment porteur d’espoir. Cette réforme avait introduit le créole comme langue d’apprentissage afin de rendre l’enseignement plus accessible et mieux adapté à la réalité linguistique nationale. Toutefois, en raison de résistances internes et de l’instabilité politique, son application est restée partielle.

Durant son passage à la tête du MENFP, l’ancien ministre affirme avoir tenté de relancer cette dynamique. Il évoque notamment l’extension du cycle fondamental de six à neuf années, l’instauration d’un permis d’enseigner dans les établissements publics et la suppression de quatre examens officiels annuels. Ces mesures visaient, selon lui, à rationaliser le système, réduire certaines dépenses publiques et alléger la charge financière des familles.

Malgré ces initiatives, il regrette l’insuffisance du budget alloué au ministère, qu’il considère comme un frein majeur à toute réforme structurelle. Il critique également la gestion de ses successeurs, accusés d’avoir privilégié la gestion des crises au détriment du travail technique nécessaire à la modernisation du secteur.

En conclusion, Nesmy Manigat appelle la classe politique à cesser de faire de l’école la première victime des tensions et des blocages. Selon lui, l’éducation doit être protégée et érigée en priorité nationale si Haïti veut mettre fin à des décennies d’instabilité scolaire.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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