Éducation : l’UEH en pleine tourmente entre chute des inscriptions et pressions budgétaires

L’Université d’État d’Haïti (UEH), principale institution publique d’enseignement supérieur, traverse une crise d’une ampleur inédite. Entre un budget jugé insuffisant, des inscriptions en forte baisse et une insécurité qui chasse ses facultés de leurs locaux, l’avenir de l’UEH apparaît de plus en plus incertain.

Port-au-Prince, 19 septembre 2025 – Selon les chiffres publiés sur son site officiel, l’UEH compte près de 13 000 étudiants encadrés par environ 700 professeurs, dont 543 budgétisés. Pour l’exercice 2024-2025, le budget de fonctionnement est passé à 535 millions de gourdes, contre 235 millions l’année précédente, soit une hausse de 148 %. Mais aucune enveloppe n’a été allouée au développement, compliquant la relocalisation des entités universitaires contraintes d’abandonner leurs bâtiments sous la pression des groupes armés.

Le vice-recteur Jean Poincy, dans une entrevue accordée en novembre 2024, avait salué cette augmentation tout en rappelant que « l’absence de fonds alloués aux investissements empêche l’UEH de reloger convenablement ses entités victimes d’attaques armées. L’université est encore trop vulnérable ».

Parallèlement, le nombre de candidats au concours d’admission reste en deçà des attentes. En 2023-2024, 13 860 postulants s’étaient inscrits. Pour 2024-2025, un rapport mentionne 27 146 inscriptions, mais seules 1 760 candidatures avaient été effectivement déposées jusqu’à récemment, illustrant l’impact de l’insécurité et des obstacles logistiques.

La crise budgétaire n’est pas nouvelle. Dès 2020, dans une note publique, le Conseil de l’Université (CUEH) dénonçait déjà une réduction de près de 101 millions de gourdes dans ses crédits, déplorant que l’UEH « reçoive moins de 1 % du budget national ». Depuis, la situation s’est aggravée : la Faculté d’Ethnologie, la Faculté de Linguistique appliquée et l’INAGHEI, entre autres, ont dû quitter leurs sites pour s’installer provisoirement dans des espaces souvent inadaptés.

Dans une récente déclaration, le CUEH a rappelé à l’État ses engagements pris dans le protocole d’accord du 30 avril 2018 et exigé un plan d’urgence pour la survie de l’institution. Sans sécurisation effective, investissements urgents et renforcement des capacités d’accueil, la mission de l’UEH de garantir un accès équitable au savoir en Haïti est plus que jamais menacée.

Sarah-Lys JULES
Vant Bèf Info (VBI)


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