Édito – Transition : les mêmes acteurs, les mêmes erreurs ?
Par Yves MANUEL
La classe politique haïtienne vient encore de signer un nouveau texte, un Consensus politique pour le redressement national et la réorientation de la transition, qui promet – comme toujours – un « nouveau départ ». Une transition supplémentaire, d’un an, dirigée par un exécutif bicéphale. Sur le papier, l’initiative semble vouloir corriger les failles du Conseil présidentiel de transition (CPT). Mais une question s’impose : que vaut réellement cet accord, quand ceux qui en sont les promoteurs comptent parmi les architectes du système qu’ils dénoncent aujourd’hui ?

Port-au-Prince, le 12 novembre 2025._
Parmi les partis qui apposent aujourd’hui leur signature, on retrouve Pitit Desalin, EDE ou encore PAPA. Beaucoup d’entre eux faisaient partie, de près ou de loin, du paysage politique qui a légitimé, soutenu ou accompagné l’installation du CPT.
Or, ce même CPT est désormais jugé « échoué », « illégitime », ou encore « dépassé », selon ces mêmes acteurs.
Alors, où est la cohérence ?
Comment peut-on dénoncer un dispositif que l’on a aidé à construire, sans faire l’effort d’un véritable examen de conscience ? Haïti n’est pas seulement prisonnière d’un système politique défaillant : elle est otage d’une classe politique qui refuse obstinément de reconnaître ses propres responsabilités.
Une transition qui ressemble à toutes les autres
Cette nouvelle transition est annoncée comme une rupture. Mais qu’y a-t-il de réellement nouveau ?
Les mêmes partis.
Les mêmes méthodes : signatures, accords, promesses et réunions à huis clos.
Les mêmes ambiguïtés.
Changer la forme – un président symbolique ici, un premier ministre là – n’est pas changer le fond. Sans transparence, sans mécanismes de reddition de comptes, sans calendrier clair et contraignant, une transition reste une transition : un temps mort prolongé, un espace flou où les intérêts politiques prennent souvent le pas sur l’intérêt général.
Pourquoi une nouvelle transition ?
C’est désormais la question centrale.
Parce que le CPT a échoué ? Peut-être. Mais personne ne dit clairement pourquoi il a échoué.
Parce qu’il faut sauver le pays une fois de plus ? C’est ce que l’on entend à chaque cycle politique.
Parce qu’il faut redistribuer les cartes ? C’est souvent la réalité derrière les discours.
À force d’enchaîner transitions après transitions, Haïti ne gouverne plus : elle improvise. Et l’improvisation permanente crée un vide institutionnel que n’importe quel acteur peut exploiter – des groupes armés aux factions politiques en quête de légitimité.
La crédibilité en jeu
La crédibilité des partis signataires est donc centrale.
Comment croire à leurs engagements pour une « réorientation » du pays si aucun d’entre eux ne reconnaît officiellement son rôle dans les échecs précédents ?
Comment attendre un redressement national quand la culture politique demeure celle de la fuite en avant, de la table rase sans bilan, et du nouvel accord qui en supplante un autre ?
La vérité est dure, mais incontournable :
Haïti n’a pas besoin d’une nouvelle transition ; elle a besoin d’une transformation.
Et tant que les acteurs politiques éviteront l’autocritique, tant qu’ils privilégieront les consensus de façade aux réformes profondes, toute transition – qu’elle soit bicéphale, tripartite ou élargie – risque de reproduire les mêmes blocages.
Le pays n’a plus le luxe de se contenter de déclarations de principes.
Les Haïtiens, eux, connaissent trop bien le scénario : un accord, des promesses, des conférences, puis l’érosion progressive de la volonté politique.
La question n’est donc pas de savoir si cette transition va réussir.
La véritable question est : les acteurs qui la pilotent ont-ils appris de leurs propres échecs ?
Pour l’instant, rien ne le prouve.
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