Économie : en 2025, la résilience des ménages supplée l’ineffectivité de l’État

Face à la défaillance persistante des institutions publiques, ce sont les ménages haïtiens qui continuent, tant bien que mal, à maintenir l’économie à flot. L’année 2025 confirme une réalité désormais structurelle : Haïti tient encore, mais sans l’État.

Port-au-Prince, décembre 2025.—Les transferts d’argent de la diaspora demeurent l’un des principaux moteurs de survie économique. Ils représenteraient plus de 20 % du PIB, selon les dernières estimations disponibles. Pour de nombreux foyers, ces envois sont vitaux.

« Se pitit mwen Ozetazini k ap kenbe kay la. Si l pa voye, nou pa manje », confie Mirlande, mère de trois enfants à Petit-Goâve. Ces fonds permettent de couvrir les besoins essentiels : alimentation, loyer, scolarité, soins et petits investissements.

Dans un contexte de chômage formel élevé, la majorité des actifs se tourne vers le secteur informel, devenu le véritable poumon économique du pays. À Delmas, Robens, vendeur de chargeurs, raconte :
« Mwen fè 500 a 1000 goud pa jou. Men se m pa vann, pa gen manje. »
Sans protection sociale ni régulation, des milliers de travailleurs oscillent chaque jour entre précarité et survie.

L’effondrement des services publics pousse les citoyens à multiplier les stratégies d’adaptation : entraide communautaire, dépenses partagées, bricolage énergétique, recours accru aux ONG pour les soins et l’éducation.

Au Cap-Haïtien, Marie-Dona, infirmière scolaire, témoigne : « Depi mwa jen, nou pa touche. Gen paran ki pote manje pou mwen lekòl la. Se sa ki kenbe m. » Son école continue de fonctionner grâce à la solidarité, malgré l’absence quasi totale de soutien étatique.

Pour plusieurs économistes, cette situation révèle une faiblesse structurelle majeure : un État fragilisé, peu investi dans la régulation économique et incapable de déployer de véritables filets sociaux.
« Se pèp la k ap pote chay la, pa leta », résume l’un d’eux.

En 2025, l’économie haïtienne repose donc davantage sur la résilience et la créativité d’une population habituée à improviser sa survie que sur des politiques publiques efficaces. Reste une question centrale : combien de temps un tel modèle peut-il tenir avant de s’effondrer ?

Sarah-Lys Jules
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.