Droits humains en Haïti : l’OCNH dresse un bilan préoccupant et fixe ses priorités pour 2025-2027
L’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH) a présenté son bilan annuel 2025 ainsi que la mise à jour de son Plan stratégique 2025-2027, dans un contexte national marqué par l’insécurité, l’instabilité politique et l’affaiblissement des institutions publiques.

Port-au-Prince, le 15 décembre 2025.— Selon les données communiquées, l’OCNH est intervenue en 2025 dans cinq départements du pays. Ses actions ont permis à 2 383 personnes d’obtenir ou de reconstituer leur acte de naissance, à 60 000 personnes d’être sensibilisées au droit à l’identité, à 51 293 personnes d’être informées ou formées sur les violences basées sur le genre (VBG), tandis que 1 655 survivantes ont bénéficié d’un appui psychosocial et médical. Des centaines de jeunes et d’acteurs communautaires ont également été formés à la promotion de la paix et des principes démocratiques.
Dans son intervention, le directeur exécutif de l’OCNH, Me Camille Occius, a dressé un tableau sombre de l’année 2025, qualifiée de particulièrement éprouvante pour le pays. Il a pointé du doigt l’insécurité généralisée, les dysfonctionnements du système judiciaire, la crise de l’état civil et la faiblesse persistante des institutions publiques. Selon lui, l’incapacité du Conseil présidentiel de transition à rétablir la stabilité, combinée aux scandales de corruption, a renforcé la défiance de la population envers l’État.

L’organisation alerte sur la dégradation continue de la situation des droits humains, notamment la persistance de l’impunité, y compris dans des dossiers impliquant de hauts responsables. L’insécurité a également provoqué des déplacements internes massifs, limitant l’accès des organisations humanitaires à certaines zones et retardant des interventions essentielles.
Les violences basées sur le genre demeurent une préoccupation majeure. Dans plusieurs zones contrôlées par des groupes armés, femmes et filles sont utilisées comme instruments de coercition. Selon des chiffres cités par l’OCNH, près de 3 800 cas de VBG ont été signalés entre janvier et mai 2025, d’après OCHA.
Par ailleurs, la crise de l’état civil s’est aggravée. L’insécurité, la destruction d’infrastructures et les déplacements forcés ont privé près de trois millions de personnes d’un acte de naissance, compromettant l’accès aux services de base et aux processus démocratiques. Face à cette situation, l’OCNH a fait de l’accès à l’identité légale une priorité stratégique.
Dans le Nord-Est et l’Ouest, l’organisation a soutenu les bureaux d’état civil de Ouanaminthe et Delmas, à travers des campagnes d’enregistrement et un appui matériel. Grâce à un projet financé par le HCR, plus de 1 700 personnes, dont des rapatriés de la République dominicaine, ont pu régulariser leur situation. Dans l’Ouest, le projet STOP VBG, soutenu par l’OEA, a permis à 671 femmes et filles vivant dans des camps de déplacés d’accéder à des services d’état civil.
Sur le plan de la protection, l’OCNH a renforcé ses actions en faveur des survivantes de VBG, en offrant un accompagnement psychosocial, médical et sanitaire. L’organisation a également mis en place une *ligne verte (233) et un mécanisme communautaire d’orientation, permettant de référer plus de 125 survivantes vers des structures spécialisées.
À travers la présentation de ce bilan et de ses priorités pour 2025-2027, l’OCNH réaffirme sa volonté de demeurer un acteur clé de la défense des droits humains en Haïti. L’organisation a salué l’appui de ses partenaires techniques et financiers — dont le HCR, l’UNFPA, le PBF, le PNUD, le HCDH et l’OEA — et a appelé à une mobilisation collective en faveur d’un État de droit garantissant les droits fondamentaux, en particulier ceux des populations les plus vulnérables.
Mederson Alcindor
Vant Bèf Info (VBI)
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