Droits humains en 2025 : des institutions haïtiennes dépassées par une réalité toujours plus violente
L’année 2025 s’achève sur un constat alarmant pour les droits humains en Haïti. Le pays, ravagé par une insécurité croissante, présente des indicateurs proches de ceux d’une zone de guerre, selon les organisations nationales et internationales de défense des droits humains.
La BINUH, mission onusienne chargée du suivi de la situation sécuritaire et des droits humains en Haïti, fait état d’un bilan particulièrement lourd.
Pour la période janvier à mars 2025, au moins 1 617 personnes ont été tuées et 580 blessées dans des violences impliquant des groupes armés. Au trimestre avril-juin 2025, l’organisation recense 1 520 morts, 609 blessés, ainsi que 185 enlèvements et 628 victimes de violences sexuelles.

Port au Prince le 7 décembre 2025—
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) dénonce également l’ampleur de la crise. Entre juin 2024 et juin 2025, au moins 33 policiers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, illustrant non seulement la dangerosité du terrain mais aussi l’épuisement croissant des forces de sécurité.
Les enfants figurent parmi les premières victimes. Amnesty International documente des cas de recrutement forcé par des groupes criminels, de violences sexuelles et de maltraitances diverses. Selon Human Rights Watch, près de 703 000 Haïtiens dont un quart d’enfants sont actuellement déplacés à l’intérieur du pays, un chiffre probablement sous-estimé compte tenu des récents épisodes de violence.
Dans de nombreuses communes, notamment en Artibonite, à Mirebalais, à Kenscoff, ainsi que dans plusieurs zones périphériques de Port-au-Prince, les habitants vivent sous la menace constante des gangs. Profitant de la faiblesse des institutions police et armée confondues ces groupes armés continuent de contrôler de vastes portions du territoire et tentent même d’étendre leur influence vers des zones jusque-là relativement épargnées, comme Arcahaie ou Saint-Marc, fréquemment ciblées par des menaces. Ces offensives provoquent des déplacements massifs, l’incendie de maisons et un traumatisme psychologique durable, particulièrement chez les enfants.
Le système judiciaire, paralysé par un manque criant de moyens et gangrené par la corruption, contribue lui aussi à la dégradation générale. Lent et inefficace, il peine à sanctionner les auteurs d’exactions, alimentant ainsi un sentiment d’impunité qui renforce la violence.
Sur le plan institutionnel, Haïti continue de fonctionner sans Parlement et sans président élu depuis plusieurs années.
L’absence d’autorités légitimes et de structures locales élues affaiblit considérablement la gouvernance et accentue la méfiance des citoyens envers l’État. Ce vide institutionnel expose les populations à une double peine : la vulnérabilité face aux violences et l’effritement progressif de leur confiance envers les pouvoirs publics.
Cette situation trouve ses racines dans l’instabilité politique persistante depuis 2021, année marquée par l’assassinat du président Jovenel Moïse. Les luttes internes minent toujours les institutions, incapables de réguler efficacement la société. Dans certains quartiers, l’État a même laissé place à des groupes d’autodéfense qui, à leur tour, se rendent responsables de violations graves, notamment des exécutions extrajudiciaires. L’attente prolongée d’élections, prévue depuis plusieurs années, alimente les tensions et risque de précipiter une nouvelle escalade de violence.
Face à cette crise multidimensionnelle, les organisations de défense des droits humains appellent à une réponse institutionnelle urgente, un renforcement des dispositifs de protection des civils et une refondation profonde des structures étatiques pour enrayer la spirale de la violence.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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