Dialogue CPT-secteur privé : un discours ambitieux, des garanties incertaines
Dans un contexte de crise multidimensionnelle, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a rencontré, le vendredi 27 juin 2025, des représentants du secteur privé haïtien. Objectif : poser les bases d’un dialogue institutionnel autour d’une gouvernance renforcée et d’un climat des affaires plus favorable, selon un communiqué de la Présidence.

Port-au-Prince, 30 juin 2025 –
Transparence, redevabilité, coopération public-privé… Ces termes maintes fois évoqués dans les discours politiques haïtiens ont de nouveau résonné lors de cette rencontre entre le CPT et des acteurs économiques. Le Conseil présidentiel promet la mise en place d’un cadre « juridiquement contraignant » pour encadrer cette coopération. Cependant, l’absence de mandat électoral et l’instabilité institutionnelle alimentent les doutes quant à la portée réelle de ces engagements.
Si le dialogue se veut « institutionnel », le choix du secteur privé comme interlocuteur privilégié n’est pas sans controverse. Une partie de l’opinion perçoit certains groupes économiques comme les bénéficiaires d’un système inégalitaire : exonérations fiscales excessives, monopoles opaques, proximité avec les sphères du pouvoir… Autant de privilèges qui jettent un voile de méfiance sur cette volonté de « refondation partagée ».
Peut-on espérer une véritable concurrence équitable sans reconsidérer les avantages détenus par quelques acteurs dominants ? Cette question reste en suspens, alors que le pays attend toujours une réforme structurelle de son système économique.
Le CPT affirme vouloir renforcer les capacités de l’État pour mieux répondre aux besoins sécuritaires, sociaux et sanitaires. Mais sur le terrain, l’autorité de l’État demeure largement contestée, notamment dans les zones sous contrôle des gangs. Sans mécanismes clairs de contrôle, de reddition de comptes ou de sanctions en cas d’abus, les promesses de rigueur risquent de rester lettre morte.
La restauration de la confiance entre l’État et la population, pilier central du discours du CPT, suppose des actes concrets : audits indépendants, justice impartiale, poursuites contre les auteurs de corruption. Or, à ce jour, aucune mesure forte n’a été adoptée dans ce sens.
Cette démarche de dialogue pourrait constituer un premier pas vers une gouvernance plus inclusive. Mais dans un pays où la défiance, l’impunité et le clientélisme dominent, le risque est grand que cette initiative ne serve qu’à offrir un vernis institutionnel à un système inchangé.
Vant Bèf Info (VBI)
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Le communiqué relayé par Vant Bèf Info promet transparence, compétitivité et créations d’emplois. Sur le papier, tout y est. Dans les faits, rien n’est garanti. Voici pourquoi ce discours, aussi ambitieux soit-il, reste creux et dangereux tant qu’il n’est pas adossé à des engagements vérifiables.
Le CPT n’a reçu aucun suffrage. Conclure un “partenariat” avec une poignée de chefs d’entreprise, sans passer par une consultation citoyenne, revient à renforcer le pouvoir de l’oligarchie plutôt que celui de la nation.
Les gangs contrôlent ports, aéroport et axes routiers. Tant que l’État ne sécurise pas ces points névralgiques, aucune promesse de climat d’affaires ne tiendra ; les investisseurs savent que l’insécurité est un coût qu’ils ne paieront pas.
Le texte ne précise pas quels groupes patronaux étaient à la table. Si ce sont les mêmes familles qui monopolisent le carburant, le ciment… et la contrebande d’armes, on confie la réforme à ceux qui profitent du désordre.
On parle de “traçabilité”, de “bonne gouvernance”, mais aucune métrique de succès, aucun calendrier, aucun comité indépendant pour auditer l’avancement. Sans KPI et sans sanctions automatiques, ces engagements s’évaporeront.
Le Parlement est dissous, la nouvelle Constitution est contestée, et la légitimité du CPT expirera avec lui. Toute “loi” signée aujourd’hui risque d’être nulle dès qu’un gouvernement élu reprendra la main.
Ce qu’il faut exiger avant tout nouvel accord :
1. Sécurisation complète des ports, aéroports, frontières, axes routiers. Couper le flux d’armes et de contrebande pour restaurer la base fiscale et la confiance.
2. Audit public des exonérations et arriérés fiscaux des conglomérats. Premier test de transparence : qui paie réellement l’État ?
3. Accords tripartites État-patronat-syndicats assortis d’un calendrier trimestriel de revue. Éviter que le “dialogue” ne tourne au chèque en blanc pour les grandes familles.
4. Publication en ligne de rapports d’étape trimestriels. Indicateurs vérifiables ; retrait automatique des avantages si les objectifs ne sont pas atteints.
5. Observation citoyenne indépendante (ONG, syndicats, diaspora). Contourner la capture institutionnelle par les intérêts privés.
Sans légitimité démocratique, sans sécurité territoriale et sans mécanismes d’audit public, ce “cadre normatif durable” n’est qu’un storytelling de plus. Le secteur privé cherche peut-être à sauver les apparences ; le CPT cherche peut-être à acheter du temps. Notre rôle est de transformer ces mots en obligations mesurables, sous contrôle du peuple haïtien et non d’un cercle d’initiés. Pas de sécurité, pas de légitimité, pas d’accord.