Croix-des-Bouquets: la population prise en étau après l’offensive policière contre les 400 Mawozo

Depuis l’offensive menée récemment par la Police nationale dans le fief du gang 400 Mawozo, la tension est montée d’un cran dans toute la plaine du Cul-de-Sac. Les habitants, eux, se disent livrés à la terreur. Enlèvements, exécutions ciblées, disparitions : depuis plusieurs jours, une vague de représailles s’abat sur les quartiers environnants, plongeant la population dans une peur profonde.

Lundi, dans un quartier de Croix-des-Bouquets, des hommes armés ont fait irruption dans une maison pour enlever un ancien agent de sécurité du Tribunal de paix. La scène s’est déroulée devant plusieurs témoins. « Ils l’ont pris sans dire un mot », raconte un membre de la famille joint par téléphone. Quelques heures plus tard, l’homme était exécuté. « Depuis l’opération policière, ils reviennent se venger sur les civils. Ils frappent au hasard. »

Un autre cas suscite l’angoisse dans la communauté : un père de famille, parti porter de la nourriture à son enfant, a été intercepté sur la route de Tabarre. Le chauffeur de moto a été forcé de partir seul. La victime, elle, n’a plus donné signe de vie. « On ne sait pas s’il est encore vivant », confie une cousine. « On attend juste un appel, un indice, quelque chose. »

Un troisième homme a disparu du côté de Duval. Sa petite motocyclette a été retrouvée en bord de route, mais lui demeure introuvable. « Depuis trois jours, on ne voit que des motos abandonnées, des traces de fuite, et personne pour nous dire ce qui se passe vraiment », soupire un habitant.

« Depuis l’opération, ils tirent partout »

Les témoignages convergent : les représailles se multiplient. Selon des résidents, plus d’une dizaine de personnes auraient été tuées en 72 heures dans les zones sous influence du gang. La plupart des morts ne sont pas signalés officiellement. « Ils tirent sur tout ce qui bouge dès que la police n’est plus là », explique un commerçant du secteur de Marin. « On se cache dès qu’on entend une moto. »

La présence policière, intense lors de l’opération, s’est depuis amenuisée. « Les agents sont partis. Depuis, on est seuls face aux bandits », raconte une mère de trois enfants. « On dort habillés, au cas où il faudrait courir. »

Dans certains quartiers, les familles ont fui, laissant derrière elles maisons, meubles, bétail. D’autres n’ont nulle part où aller. Elles barricadent leurs portes, limitent leurs déplacements, vivent à l’écoute du moindre bruit.

Le silence, la peur…

La situation actuelle ravive de mauvais souvenirs. Avant l’attaque policière, certains habitants avaient déjà signalé que des captifs étaient régulièrement remis au chef du groupe Lanmò 100 Jou; des personnes qui ne réapparaissaient jamais.

« Aujourd’hui encore, des jeunes hommes disparaissent sans laisser de trace. C’est comme s’ils s’évaporaient », affirme un pasteur du quartier de Bon Repos.

Au téléphone, une femme raconte sa détresse. Deux de ses cousins ont été enlevés en 48 heures. « On vit dans une angoisse permanente. Chaque fois que mon téléphone sonne, j’ai peur d’apprendre une mauvaise nouvelle. »

Les habitants décrivent un climat étouffant, fait d’incertitudes et d’attente. « La nuit, c’est le pire moment », confie un chauffeur de tap-tap. « On ne dort plus. On entend des motos, on entend des cris, on ne sait pas si ce sera notre tour. »

« On demande juste à vivre » : la population appelle l’État à agir

Dans les quartiers touchés, un appel unanime s’élève : que l’État rompe le silence et reprenne le contrôle. « La police a lancé une opération importante, mais elle ne peut pas nous laisser ainsi », estime un responsable communautaire. « Les bandits se vengent. Ce sont nous, les civils, qui payons le prix. »

Sur les réseaux sociaux, les SOS se multiplient. Des voix lancent l’alerte : « Chak jou moun ap mouri anba. Nou pa ka rete konsa. Nou bezwen pwoteksyon».

Pour l’heure, les habitants vivent au gré des rumeurs, des départs précipités, des coups de feu nocturnes. Dans la plaine du Cul-de-Sac, au cœur du territoire des 400 Mawozo, la vie se résume à survivre.

« On demande juste à vivre », lâche un jeune homme d’une voix lasse. « Pas à fuir, pas à se cacher, pas à enterrer nos proches dans la précipitation. Juste vivre. »

Vant Bef Info (VBI)


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