Crise humanitaire en Haïti : des millions d’Haïtiens pris au piège de la faim et de l’insécurité

Haïti fait face à l’une des pires crises humanitaires de son histoire récente. Selon les dernières données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de 5,7 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, environ 1,9 million se trouvent en situation d’urgence, tandis que plus de 8 000 personnes sont déjà en situation de catastrophe, un niveau rarement observé dans la région.

Port-au-Prince, le 21 octobre 2025. – La dégradation rapide de la sécurité à Port-au-Prince et dans plusieurs départements du pays accentue cette crise. D’après les chiffres du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), environ 1,3 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du territoire, fuyant les affrontements entre gangs armés et les violences récurrentes.

« J’ai dû quitter Solino avec mes enfants après que des hommes armés ont incendié notre maison. Nous ne savons pas si nous pourrons rentrer un jour. Ici, nous manquons de tout : eau, nourriture, sécurité », témoigne Marlène, une déplacée installée dans un site d’accueil à Port-au-Prince.

Ces déplacements massifs perturbent les échanges commerciaux, paralysent les marchés et compliquent les opérations humanitaires. Les convois du Programme alimentaire mondial (PAM) sont régulièrement retardés ou détournés en raison de l’insécurité persistante.

Une faim aggravée par la crise économique

Le PAM tire la sonnette d’alarme sur la hausse rapide de la faim dans les zones urbaines et rurales. Malgré la distribution de vivres, de repas scolaires et d’aides d’urgence, la demande dépasse largement les capacités actuelles, selon Jean-Martin Bauer, directeur du PAM en Haïti.

L’inflation galopante, la dépréciation de la gourde et la flambée des prix des produits de base — riz, huile, farine — plongent chaque jour davantage de familles dans la précarité.

Pour plusieurs observateurs, la crise alimentaire est indissociable de la crise politique et économique. « Sans stabilité institutionnelle ni rétablissement de la sécurité, aucune aide durable ne pourra atteindre les plus vulnérables », estime Jean Philippe, expert en gestion humanitaire.

Un plan humanitaire en manque de ressources

Le plan de réponse humanitaire 2025, piloté par l’OCHA, demeure gravement sous-financé. À ce jour, moins de 35 % des fonds nécessaires ont été mobilisés, menaçant les programmes d’aide dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection.

« Nous faisons face à des besoins croissants avec des ressources qui s’épuisent. Sans financement additionnel, nous serons contraints de réduire nos opérations dès le mois prochain », avertit un responsable humanitaire basé à Port-au-Prince.

Appel à une mobilisation urgente

Face à cette double crise — alimentaire et sécuritaire —, les agences des Nations Unies appellent à une mobilisation internationale urgente. Elles réclament la sécurisation des couloirs humanitaires, le renforcement du financement des programmes alimentaires et nutritionnels, ainsi qu’une coordination accrue des efforts pour stabiliser la situation.

En attendant, des millions d’Haïtiens continuent de survivre entre la faim et la peur, dans un pays où l’avenir semble suspendu à la capacité collective de rompre le cycle de la crise et de l’abandon.

Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)


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