Crise frontalière : L’ACAAM annonce un arrêt de travail à Malpasse et dénonce les mesures du MEF

MALPASSE – La tension monte d’un cran à la frontière entre Haïti et la République Dominicaine. L’Association des commerçants et des agents de suivi de Malpasse (ACAAM) tape du poing sur la table. Face à la décision du gouvernement d’interdire le transit de marchandises et pour dénoncer des conditions de travail jugées « inhumaines », l’organisation annonce un arrêt de travail total pour le lundi 19 octobre 2026.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la circulaire du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), entrée en vigueur le 30 septembre 2026, interdisant formellement le transit de marchandises depuis le territoire dominicain vers Haïti. Une décision jugée déconnectée de la réalité par les acteurs de terrain.

Une mesure « injuste » qui favorise les plus riches

Pour le responsable de l’ACAAM, M. Jourdain Cherisma, cette mesure frappe de plein fouet l’économie locale et pénalise les plus faibles. « Cette décision n’a pas pris en compte la réalité des travailleurs frontaliers les plus vulnérables. Elle favorise clairement les grands secteurs économiques qui ont de gros moyens, au détriment de la masse qui lutte au quotidien pour survivre », fustige-t-il.
Plus grave encore, l’association pointe du doigt une application sélective de cette interdiction. Selon l’ACAAM, malgré la note officielle du ministère, des marchandises continuent de traverser la frontière sous d’autres formes. Un climat d’injustice flagrant qui commence à générer de profondes frustrations et de la colère au sein de la population frontalière.

Infrastructures délabrées et corruption dénoncées

Au-delà des restrictions commerciales, la grogne des commerçants s’alimente également de l’état désastreux des structures d’accueil. Le tronçon de route menant à Malpasse ainsi que le bureau de douane sont décrits comme étant dans un état de dégradation avancée.
« C’est un paradoxe inacceptable », s’indigne Jourdain Cherisma. « La douane de Malpasse génère des recettes fiscales massives pour l’État, mais en retour, il n’y a aucun investissement. Il n’y a aucune infrastructure digne de ce nom pour les travailleurs. »
À ce tableau s’ajoutent les accusations de mauvais traitements et de passe-droits. L’ACAAM exige un assainissement immédiat de l’administration douanière, demandant aux agents de travailler dans la transparence et l’équité, et de mettre fin au favoritisme.

Vers une paralysie totale le 19 octobre

Face au mutisme des autorités, l’ACAAM passe à l’action. Pour exiger des solutions concrètes, l’association formule trois revendications urgentes :

  1. Un moratoire permettant de dédouaner et de libérer les marchandises qui étaient déjà en transit avant la date butoir du 30 septembre.
  2. Une sécurisation renforcée et de meilleures conditions de travail sur la ligne frontalière.
  3. La fin immédiate des abus et un contrôle accru des pratiques des agents douaniers.
    Pour faire entendre leurs voix, les commerçants et agents de suivi observeront un arrêt de travail général le lundi 19 octobre 2026. Si le gouvernement persiste dans son mutisme, cette journée de protestation pourrait marquer le début d’un bras de fer prolongé, menaçant de paralyser l’un des principaux poumons économiques du pays.

Anilus Aniel

VBI


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